Œuvre

Les Chansons des rues et des bois (1865)

C'est une erreur de croire que la passion, quand elle est heureuse et pure, conduit l'homme à un état de perfection; elle le conduit simplement à un état d'oubli.
Sa haute silhouette noire - Domine les profonds labours. - On sent à quel point il doit croire - A la fuite utile des jours.
L'ombre, où se mêle une rumeur, - Semble élargir jusqu'aux étoiles - Le geste auguste du semeur.
Prends mon âme et mes vingt ans. Je n'aime que toi.
Va, chante ce qu'on n'ose écrire - Ris, et qu'on devine ô chanson - Derrière le masque du rire - Le visage de la raison.
Car la jeunesse est admirable, - la joie emplit nos sens hardis; - et la femme est le divin diable - qui taquine ce paradis.
J'ai mal dormi. C'est votre faute. - J'ai rêvé que, sur des sommets, - Nous nous promenions côte à côte, - Et vous chantiez, et tu m'aimais.
J'ai toute la nuit eu la fièvre. - Je vous adorais en dormant; - Le mot amour sur votre lèvre - Faisait un vague flamboiement.
Ce livre est écrit beaucoup avec le rêve, un peu avec le souvenir. Rêver est permis aux vaincus; se souvenir est permis aux solitaires.
Fatal coeur, comme tu changes! - Lui sans elle, elle sans lui! - Et sur leurs fronts sans ennui - Ils ont la clarté des anges.
J'ai des ennemis chez les hommes, je n'en ai point parmi les fleurs.
C'est l'abbé qui fait l'église - C'est le roi qui fait la tour - Qui fait l'hiver ? C'est la bise. - Qui fait le nid ? C'est l'amour.