Œuvre

Les caractères (1750)

La négligence est la première marque du changement : aussi les femmes qui ont ordinairement de l'expérience sur ces matières devraient rompre au premier oubli.
Une belle apparence décide : tout le monde est l'ami d'une belle chose, sans se donner la peine l'examiner si elle est bonne. Il faut donc montrer le beau, mais ne pas s'y fier.
Tous les hommes sont nés pour être utiles, et ils le sont tous quand ils veulent ; il n'y en a pas un qui ne soit propre à quelque chose.
L'essentiel de la société est de se rendre nécessaire et de l'être.
L'inconstance est un obstacle au bonheur, l'habitude est pire encore.
La paresse tue les oeuvres : l'esprit sert à un paresseux à peu près comme un bel ornement à l'extrémité d'un dôme : c'est pour le plaisir et pour l'agrément des autres.
Ce n'est pas assez de la science à un savant, il lui faut des vertus sociales ; sans elles, qu'il reste dans son cabinet.
L'amour est comme les liqueurs fortes pour ceux qui les aiment ; ils ont beau se dire qu'elles les tuent, ils y reviennent.
Un esprit paresseux est comme un faux orage qui ne produit que des éclairs.
L'art fait presque la moitié du chemin qui mène à la perfection.
L'art est une coquetterie du goût, qui réveille l'attention ; mais il en faut si peu que rien, pas plus qu'à une belle femme pour conserver un amant qu'elle aimerait beaucoup.
Le bonheur est une boule après laquelle nous courons tant qu'elle roule et que nous poussons du pied quand elle s'arrête.