Œuvre
Les Ames grises (2003)
Les bonnes gens partent vite. Tout le monde les aime bien, la mort aussi. Seuls les salauds ont la peau dure. Ceux-là crèvent vieux en général, et parfois même dans leur lit.
Si j'avais su. ... Si j'avais su. Le problème, c'est qu'on ne sait jamais.
Il faut se méfier des réponses, elles ne sont jamais ce qu'on veut qu'elles soient, ne croyez-vous pas?
La mort brutale prend les belles choses, mais les garde en l'état. C'est là sa vraie grandeur. On ne peut pas lutter contre.
Ca, c'est la grande connerie des hommes, on se dit toujours qu'on a le temps, qu'on pourra faire cela le lendemain, trois jours plus tard, l'an prochain, deux heures après. Et puis tout meurt. On se retrouve à suivre des cercueils.
La mémoire est curieuse: elle retient des choses qui ne valent pas trois sous. Pour le reste, tout passe à la grande fosse.
Sa façon au juge d'appeler les gens «mon ami», ça voulait bien dire qu'en vérité on ne l'était pas du tout, son ami. Il avait l'art de se servir des mots pour leur faire dire des choses auxquelles d'ordinaire ils n'étaient pas destinés.
La haine est une cruelle marinade: elle donne à la viande une saveur de déchet.
Les salauds, les saints, j'en ai jamais vu. Rien n'est ni tout noir, ni tout blanc, c'est le gris qui gagne. Les hommes et leurs âmes, c'est pareil. ... T'es une âme grise, joliment grise, comme nous tous.
Le chagrin tue. Très vite. Le sentiment de la faute aussi, chez ceux qui ont un bout de morale.
Les bonnes gens partent vite. Tout le monde les aime bien, la mort aussi. Seuls les salauds ont la peau dure. Ceux-là crèvent vieux en général, et parfois même dans leur lit. Tranquilles comme Baptiste.
Quand on vit dans les fleurs, on ne pense pas à la boue.
On sait toujours ce que les autres sont pour nous, mais on ne sait jamais ce que nous sommes pour les autres.
C'est bien curieux la vie. Sait-on jamais pourquoi nous venons au monde, et pourquoi nous y restons?
On dit souvent que l'on craint ce que l'on ne connaît pas. Je crois plutôt que la peur naît quand on apprend un jour ce que la veille on ignorait encore.
Ca ne tient pas à grand chose le bonheur. Parfois ça tient à un fil, parfois à un bras. La guerre, c'est le monde cul par dessus tête : elle parvient faire d'un amputé le plus heureux des hommes.
On dit toujours que la vie est injuste, mais la mort l'est encore davantage, le mourir en tout cas. Certains souffrent et d'autres passent comme dans un soupir. La justice n'est pas de ce monde mais elle n'est pas de l'autre non plus.
Rien n'est ni tout noir, ni tout blanc, c'est le gris qui gagne. Les hommes et leurs âmes, c'est pareil...
Pour essayer de comprendre les hommes, il faut creuser jusqu'aux racines. Et il ne suffit pas de pousser le temps d'un coup d'épaule pour lui donner des airs avantageux : il faut le creuser dans ses fissures et lui faire rendre le pus.
Le sentiment que le monde n'est pas si laid, qu'il y a parfois de petites dorures, et qu'au fond, la vie, ce n'est rien d'autre que la recherche de ces miettes d'or.
Il avait l'art de se servir des mots pour leur faire dire des choses auxquelles d'ordinaire ils n'étaient pas destinés.
C'est curieux, la vie. Ca ne prévient pas. Tout s'y mélange sans qu'on puisse y faire le tri et les moments de sang succèdent aux moments de grace, comme ça.
C'est douloureux d'écrire. Je m'en rends compte depuis des mois que je m'y suis mis. Ca fait mal à la main, et à l'âme.
A huit ans à l'époque c'était pas comme à huit ans maintenant. A huit ans, on savait tout faire, on avait du plomb dans la tête et des bras solides. On était presque adultes.
Je savais, comme lui sans doute, qu'on peut vivre dans les regrets comme dans un pays.