Œuvre

Le Tour du monde en quatre-vingts jours (1873)

Un grand fumeur peut fumer jusqu'à huit pipes par jour, mais il meurt en cinq ans.
C'était une charmante petite goélette de vingt tonneaux que la Tankadère, bien pincée de l'avant, très dégagée dans ses façons, très allongée dans ses lignes d'eau. On eût dit un yacht de course.
Celui-ci jonglait avec des bougies allumées, qu'il éteignit successivement quand elles passèrent devant ses lèvres, et qu'il ralluma l'une à l'autre sans interrompre un seul instant sa prestigieuse jonglerie.
Phileas Fogg avait, «sans s'en douter», gagné un jour sur son itinéraire, - et cela uniquement parce qu'il avait fait le tour du monde en allant vers l'est, et il eût, au contraire, perdu un jour en allant en sens inverse, soit vers l'ouest.
On sait ce qu'est le monde des parieurs en Angleterre, monde plus intelligent, plus relevé que celui des joueurs. Parier est dans le tempérament anglais.
En France, on exhibe des farceurs étrangers, et à l'étranger, des farceurs français!
Un Anglais ne plaisante jamais quand il s'agit d'une chose aussi importante qu'un pari.
D'immenses forêts de lataniers, d'arecs, de bambousiers, de muscadiers, de tecks, de gigantesques mimosées, de fougères arborescentes, couvraient le pays en premier plan, et en arrière se profilait l'élégante silhouette des montagnes.
Je vous plains alors, Monsieur Fogg, car l'isolement est une triste chose. Quoi ! pas un coeur pour y verser vos peines. On dit cependant qu'à deux la misère elle-même est supportable encore !