Œuvre
Le Quatrième K (1991)
Ce qu'ils veulent, dans les villes, c'est pouvoir se promener dans les rues la nuit sans se faire agresser. Pouvoir dormir dans leurs lits sans craindre les voleurs et les assassins.
Il valait mieux être un lion sans griffes que ne pas être un lion du tout.
L'une des grandes énigmes de l'être humain, c'est la façon dont il peut agir contre ses propres intérêts. L'orgueil bien souvent le conduit à sa perte. L'envie et le fantasme le conduisent dans des impasses.
Un homme sans vice ? Mais c'est un voilier sans voile !
Comme il pouvait les haïr, tous ces papes ! Ce pape Innocent IV, ces Pie, ces Benoît, tous saints hommes ! Mais surtout amasseurs de richesses, anéantisseurs de la vraie foi en la liberté de l’homme, sorciers momifiés qui avaient envoûté les damnés de la terre avec les fumerolles de l’ignorance, avec leurs ignobles insultes à la crédulité humaine
La loi peut être tordue de façon à servir une civilisation perverse. Le riche peut échapper à la loi, et même parfois le pauvre, s’il a de la chance. Certains juristes traitent la loi comme des maquereaux traitent leurs protégées. Des juges vendent la loi et des tribunaux la trahissent.
Tout le monde connaît ou a entendu parler de la majesté de la loi. C’est à la loi d’exercer son pouvoir sur l’organisation politique actuelle qui rend possible la civilisation. Cela est vrai. Hors du règne de la loi, nous sommes tous perdus.
Le gouvernement doit promettre à chacun la sécurité face au crime et aux duretés de la vie économique ; il doit promettre à chaque citoyen le droit et les moyens de poursuivre son rêve individuel de bonheur. C’est alors, et alors seulement que les gouvernés sont tenus d’obéir aux lois qui permettent à la civilisation d’exister.
Une autorité sur laquelle l’on crache ne peut maintenir l’ordre. Une autorité moquée et humiliée ne peut prétendre maintenir la cohésion de son propre tissu social.
Les riches et les puissants ont les moyens de se protéger. Ils ne comptent pas pour ça sur la police. Ils entourent leurs propriétés de coûteux systèmes de protection. Ils ont des gardes du corps. Ils vivent complètement à l’abri du crime.
L’individu est une bête sauvage, et Huxley, dans Le Meilleur des mondes, a fait de cette société la pire des choses. Mais moi ça ne me dérangerait pas de vivre dans Le Meilleur des mondes : il vaut mieux que celui dans lequel nous vivons. C’est l’individu qui est le tyran, pas l’État.