Œuvre

Le Prophète (1923)

Et puisque vous êtes un souffle dans la sphère de Dieu, une feuille dans la forêt de Dieu, vous aussi, vous devez vous reposer dans la raison et agir avec passion.
Vague et nébuleux est le commencement de toute chose l'aboutissement ne l'est pas.
N'oubliez pas que la pudeur est un bouclier contre le regard des impurs.
Et il en a toujours été ainsi de l'amour, il ne connaît sa véritable profondeur qu'à l'instant de la séparation.
Ne dites pas : J'ai trouvé la vérité, mais plutôt : J'ai trouvé une vérité.
La vision d'un homme ne prête pas ses ailes à un autre.
Puissent les vallées devenir vos rues, les sentiers de verdure vos venelles, pour que vous vous cherchiez les uns les autres dans les vignes, et que vous en reveniez avec, dans vos vêtements, le parfum de la terre.
N'oubliez pas que la pudeur est un bouclier contre l'oeil de l'impur. Et lorsque l'impur ne sera plus, que deviendra la pudeur, sinon une entrave et une souillure de l'esprit ?
Votre vie quotidienne est votre temple et votre religion.
Vos enfants ne sont pas vos enfants. Ils sont les fils et les filles de l'appel de la vie à elle-même.
Personne ne peut vous apprendre quoi que ce soit qui ne repose déjà au fond d'un demi-sommeil dans l'aube de votre connaissance.
Votre maison ne sera pas une ancre mais un mât. Elle ne sera pas le voile miroitant qui couvre une blessure, mais la paupière qui protège l'oeil.