Œuvre

Le Phénomène humain (1955)

La moindre chose qui se forme au monde est toujours le produit d'une formidable coïncidence.
Puisque, en un point d'elle-même l'étoffe de l'univers a une face interne, c'est forcément qu'elle est biface par structure.
Quand pour la première fois, dans un vivant, l'instinct s'est aperçu au miroir de lui-même, c'est le Monde tout entier qui a fait un pas.
Il reste que, même au regard du simple biologiste, rien ne ressemble autant que l'épopée humaine à un chemin de la Croix.
Dans le monde, l'homme est entré sans bruit.
L'Homme, non pas centre statique du Monde, - comme il s'est cru longtemps - mais axe et flèche de l'Evolution...
La Vie est née et se propage sur Terre comme une pulsation solitaire. C'est de cette onde unique qu'il s'agit maintenant de suivre jusqu'à l'Homme, et si possible jusqu'au-delà de l'Homme, la propagation.
Lorsque, en tous domaines, une chose vraiment neuve commence à poindre autour de nous, nous ne la distinguons pas... Rétrospectivement, les choses nous paraissent surgir toutes faites.
Il n'existe q'un seul Mal : la désunion.
Mais tout le Phénomène, aussi. Et voilà ce qui, sans contradiction (quoiqu'il puisse paraître) avec ce que je viens de dire, risque de donner aux vues que je suggère l'apparence d'une philosophie.
Qu'on participe à son culte, ou qu'on le ridiculise, qui peut, encore aujourd'hui, échapper à la hantise, ou même à l'emprise de l'idée d'Humanité ?
Pas d'avenir évolutif à attendre pour l'homme en dehors de son association avec tous les autres hommes.
Depuis que l'Homme est apparu, la pression évolutive semble être tombée dans toutes les branches non-humaines de l'Arbre de la Vie.