Œuvre

Le Pays des fourrures (1871-1872)

On but quelques bons coups ce jour-là, et on arrosa le Cercle polaire comme on eût fait de l'équateur, à bord d'un bâtiment coupant la ligne pour la première fois.
Puis, tout d'un coup, cette brume se déchira et laissa voir de gros nuages bas, déchiquetés, déloquetés, véritables haillons de vapeur.
Les bras croisés, l'oeil enflammé, la face colère, le front menaçant, il vint se planter carrément devant le lieutenant Hobson. «A nous deux! s'écria-t-il, à nous deux, monsieur l'agent de la Compagnie de la baie d'Hudson».
«Qui diable peut venir par un temps pareil!» se disait le sergent Long, en ôtant méthodiquement, on pourrait dire «disciplinairement», les lourds barreaux de la porte.
Mais une seule secousse se produisit, qui fut plutôt un contre-coup d'un coup direct. Elle fit incliner la maison du côté du lac et en disjoignit les parois. Puis, le sol reprit sa stabilité et son immobilité.
Il était évident que l'icefield, base de l'île, se dissolvait peu à peu, que les eaux relativement plus chaudes en rongeaient la surface inférieure.
La brise, étant molle, ne forma point un de ces tourbillons, si communs dans les régions polaires, auxquels les Anglais ont donné le nom de «drifts».
Par suite d'un emmagasinage d'air, la glace avait formé voûte au-dessous de l'eau.
De forts étançons furent donc appliqués aux murailles de bois. On disposa à l'intérieur des chambres des étais placés verticalement qui multiplièrent les points d'appui aux poutres du plafond.
De cet ensemble il ne résulterait certainement pas une oeuvre architecturale, mais l'habitation serait dans les meilleures conditions possibles d'habitabilité. Que pouvait-on demander de plus?