Œuvre

Le mythe de Sisyphe (1942)

125 citations · Albert Camus · sur Dicocitations ↗
Ce sont moins en effet les conclusions identiques qui font les intelligences parentes, que les contradictions qui leur sont communes.
Ce n'est point le goût du concret, le sens de la condition humaine que je retrouve ici, mais un intellectualisme assez débridé pour généraliser le concret lui-même.
Aucune morale, ni aucun effort ne sont a priori justifiables devant les sanglantes mathématiques qui ordonnent notre condition.
Je connais les hommes et je les reconnais à leur conduite, à l'ensemble de leurs actes, aux conséquences que leur passage suscite dans la vie.
Le retour à la conscience, l'évasion hors du sommeil quotidien figurent les premières démarches de la liberté absurde.
On a vu des hommes conscients accomplir leur tâche au milieu des plus stupides des guerres sans se croire en contradiction.
Toutes les morales sont fondées sur l'idée qu'un acte a des conséquences qui le légitiment ou l'oblitèrent.
Tout l'effort du drame est de montrer le système logique qui, de déduction en déduction, va consommer le malheur du héros.
Mais l'histoire des audaces gnostiques et la persistance des courants manichéens a plus fait, pour la construction du dogme orthodoxe, que toutes les prières.
Une pensée profonde est en continuel devenir, épouse l'expérience d'une vie et s'y façonne.
De toutes les écoles de la patience et de la lucidité, la création est la plus efficace. Elle est aussi le bouleversant témoignage de la seule dignité de l'homme: la révolte tenace contre sa condition, la persévérance dans un effort tenu pour stérile.
Pour lui aussi, l'antinomie et le paradoxe deviennent critères religieux. Ainsi cela même qui faisait désespérer du sens et de la profondeur de cette vie lui donne maintenant sa vérité et sa clarté.
La croyance dans l'absurdité de l'existence doit donc commander sa conduite.
L'artiste au même titre que le penseur s'engage et se devient dans son oeuvre.
Car le péché, c'est ce qui éloigne de Dieu.
Peut-être la grande oeuvre d'art a moins d'importance en elle-même que dans l'épreuve qu'elle exige de l'homme.
L'intelligence seule en lui s'essaie à étouffer la revendication profonde du coeur humain.
Mais je n'ai rien à faire des idées ou de l'éternel. Les vérités qui sont à ma mesure, la main peut les toucher.
Ce qui importe, dit Nietzsche, ce n'est pas la vie éternelle, c'est l'éternelle vivacité.
Exception faite pour les rationalistes de profession, on désespère aujourd'hui de la vraie connaissance.
Notre appétit de comprendre, notre nostalgie d'absolu ne sont explicables que dans la mesure où justement nous pouvons comprendre et expliquer beaucoup de choses.
Oui, l'homme est sa propre fin. Et il est sa seule fin. S'il veut être quelque chose, c'est dans cette vie.
On veut gagner de l'argent pour vivre heureux et tout l'effort et le meilleur d'une vie se concentrent pour le gain de cet argent.
Il n'est guère de passion sans lutte.
Commencer à penser, c'est commencer d'être miné.