Œuvre

Le Mariage de Figaro (1784), préface

Quel diable d'homme, et qu'il est contrariant! il dit du bien de tout le monde!
Il y a souvent très loin du mal que l'on dit d'un ouvrage à celui qu'on en pense.
J'ai pensé, je pense encore, qu'on n'obtient ni grand pathétique, ni profonde moralité, ni bon et vrai comique, au théâtre, sans des situations fortes et qui naissent toujours d'une disconvenance sociale dans le sujet qu'on veut traiter.
On ne peut corriger les hommes qu'en les faisant voir tels qu'ils sont.
Le théâtre est un géant qui blesse à mort tout ce qu'il frappe.
Il faut bien que je me cite, puisque c'est toujours moi qu'on attaque.
Il faut un peu de vraisemblance, même dans les actes vertueux.
... nos jugements sur les moeurs se rapportent toujours aux femmes; on n'estime pas assez les hommes pour tant exiger d'eux sur ce point délicat.
Un homme obscur ou inconnu peut valoir mieux que sa réputation, qui n'est que l'opinion d'autrui.
... plus le gouvernement est sage, est éclairé, moins la liberté de dire est en presse; chacun y faisant son devoir, on n'y craint pas les allusions.
De mon style, Monsieur? Si par malheur j'en avais un, je m'efforcerais de l'oublier quand je fais une comédie, ne connaissant rien d'insipide au théâtre comme ces fades camaïeux où tout est bleu, où tout est rose, où tout est l'auteur, quel qu'il soit.
Le récit d'un mal trop connu touche peu.
... les vicieux du siècle en sont comme les saints: qu'il faut cent ans pour les canoniser.
... un beau discours imprimé, composé par un homme de bien, auquel il n'a manqué qu'un peu d'esprit pour être un écrivain médiocre.
Que sans la liberté de blâmer, il n'y a point d'éloge flatteur, ...
On sent bien que je ne parle pas de ces écumeurs littéraires qui vendent leurs bulletins ou leurs affiches à tant de liards le paragraphe.