Œuvre

Le Livre de mon bord (notes 1930-1936)

Créer, c'est penser plus fortement.
Le plus solide et le plus durable des traits d'union entre les êtres, c'est la barrière.
On vit avec beaucoup de mauvaises actions sur la conscience et quelques bonnes intentions dans le coeur.
Beaucoup d'insensibilité prend parfois figure de courage.
Les civilisations sont les fards de l'humanité.
Le contemplatif est celui pour qui l'envers vaut plus que l'endroit.
L'éthique c'est l'esthétique du dedans.
L'homme est une bête féroce par elle-même apprivoisée.
J'ai tellement besoin de temps pour ne rien faire, qu'il ne m'en reste plus assez pour travailler.
La mauvaise conscience, c'est pour les hommes, les femmes l'ont presque toujours bonne, quand elles en ont.
Le moi est haïssable. Aimer le prochain comme soi-même, c'est tout dire.
Pour les femmes, le meilleur argument qu'elles puissent invoquer en leur faveur, c'est qu'on ne peut pas s'en passer.
Rien ne vaut d'être dit en poésie que l'indicible: c'est pourquoi l'on compte beaucoup sur ce qui se passe entre les lignes.
L'éthique, c'est l'esthétique du dedans.
Un bon poème sort tout fait.
La modestie est beaucoup plus courante au fond qu'il n'y paraît. L'apparence d'orgueil est dans ce que l'amour-propre ou la dignité obligent à faire croire ou à laisser croire qu'on est, que l'on sait très bien qu'on n'est pas.
Le style, bon ou mauvais, je parle de ce qui caractérise un écrivain, ce n'est pas le premier jet, mais l'état où il laisse la chose écrite, celui auquel il n'éprouve plus le besoin de rien changer.
L'esprit a créé le temps et il le trouve long. Comme il n'a pas créé la vie, il la trouve toujours un peu courte.
A partir d'un certain âge les artistes ont beaucoup plus besoin d'admirateurs que d'amis.