Œuvre
Le livre de ma mère
Chaque homme est seul et tous se fichent de tous et nos douleurs sont une île déserte.
Oui, les mots, ma patrie, les mots, ça console et ça venge.
On aime être ce qu'on n'est pas.
O curieuses pâleurs de mes amours défuntes.
(En parlant de la neige) - Quel plaisir de marcher sur ce bicarbonate qui te mouille les souliers?
... on a eu la gentille pensée de lui mettre dessus une lourde dalle de marbre, un presse-mort, pour être bien sûr qu'elle ne s'en ira pas.
Pleurer sa mère, c'est pleurer son enfance. L'homme veut son enfance, veut la ravoir, et s'il aime davantage sa mère à mesure qu'il avance en âge, c'est parce que sa mère, c'est son enfance. J'ai été un enfant, je ne le suis plus et je n'en reviens pas.
Ce qui est laid, c'est que sur cette terre il ne suffise pas d'être tendre et naïf pour être accueilli à bras ouverts.
Combien nous pouvons faire souffrir ceux qui nous aiment et quel affreux pouvoir de mal nous avons sur eux.
Le terrible des morts, c'est leurs gestes de vie dans notre mémoire. Car alors, ils vivent atrocement et nous n'y comprenons plus rien.
Amours de nos mères, à nul autre pareil.
... le sommeil a les avantages de la mort sans son petit inconvénient.
Ma souffrance est ma vengeance contre moi-même.
(En parlant du sommeil) - ... la musique des tombes ...
Avoir de la douleur, c'est vivre, c'est en être, c'est y être encore.
De même que les pages que j'écris en ce moment, les nuits que je passe à les écrire, tout cela est si vain, si pour rien. Je mourrai. Plus de je bientôt.
Mais j'étais un fils. Les fils ne savent pas que leurs mères sont mortelles.