Œuvre
Le livre de la déraison souriante (1991)
Un seul amour, ce n'est pas assez. Deux amours, c'est trop.
Ecrire, c'est lire en soi pour écrire en l'autre.
Ecrire, c'est se gratifier d'un supplément d'angoisse.
Il existe deux causes à la mévente d'un livre: qu'il soit mauvais, qu'il soit trop bon.
Incapables du moindre exploit, certains nous exploitent.
L'aspect véreux de certains hommes d'affaires leur donne un caractère d'authenticité.
Le capitalisme soumet la nature à l'homme et les deux à l'absurde.
Certains imaginent des offenses pour montrer la grandeur de pardons tout aussi imaginaires.
Le pardon rature. Il n'efface pas.
Un pardon sans oubli est une vengeance sournoise.
Reconnaître ses torts, c'est déjà se pardonner.
Il vaut mieux être le dernier de sa classe que le premier imbécile venu. Rien de tel qu'un imbécile pour avoir une idée originale et, bien entendu, imbécile. Les grandes antennes n'empêchent pas les petites oeillères.
Il est fort curieux que les liens du mariage soient considérés comme un heureux dénouement. Le mariage divise le fardeau en le multipliant. Avant le mariage, tout a été dit. Après, on ne trouve qu'à redire.
Le mariage divise le fardeau en le multipliant.
Aimer, c'est ne plus penser à autre chose. Aimer, c'est étreindre et non pas contraindre.
«Je t'aime!» est une phrase courte qui fait semblant d'en dire long.
«Je t'aime!» est trop grave pour être dit et trop grave pour être tu.
Au pardon des injures s'ajoute parfois l'injure du pardon. Il est plus facile d'accorder son pardon à autrui qu'à soi-même.
On ne pardonne vraiment que l'impardonnable.
La louange fait rougir mais ne forge pas. Tout éloge nous surprend en flagrant délit d'immodestie car ce que nous en retenons est encore trop.
On loue quand on n'a pas la possibilité d'acheter. Toute louange est un blâme différé.
L'échange en amour consiste à faire à l'autre ce que l'on veut qu'il vous fasse. Le plaisir reçu tue le plaisir espéré.
La vie est un jeu de mots dont l'à-peu-près nous contente. La vie est une longue phrase peu ponctuée, mais avec beaucoup de parenthèses.
La vie est un composé de défenses absurdes et d'assauts inutiles en vue d'une guerre que nul ne peut gagner. Le vouloir-vivre ne se remet pas au lendemain. Vivre est ce long apprentissage où nul ne souhaite obtenir le diplôme de fin.
L'imagination est la mémoire de l'avenir.