Œuvre

Le Journal de ma disparition (2018)

N’est ce pas le propre des idées noires ? Elles ne se voient pas de l’extérieur, elles n’existent qu’en nous, dans ce cagibi obscur, fermé par une lourde porte, qui peut contenir à la fois des pulsions suicidaires et le mal qui me ronge. Ce doit être là que mon père a rangé le souvenir de ma mère.
Si tu fuis, assure-toi que tu n’essaies pas d’échapper à toi même.
Ce qui est difficile, c’est de trouver le courage qu’on a en soi. Je crois que tout le monde peut être vaillant, il suffit de trouver son courage.
Mon père dit que tout fout le camp quand on vieillit - l'ouïe, la vue, la mémoire -, mais en slow motion. Si lentement qu'on s'en rend à peine compte, comme si on diffusait un film d'époque, image par image.
Lorsqu'on est l'objet d'une enquête policière, plus rien ne reste caché. Que vous soyez coupable ou victime, on va remuer votre linge sale et exposer aux quatre vents vos secrets les plus honteux.
Des générations d'Inuits y ont vécu sans laisser de traces, à la différence de nous, les hommes modernes, qui ne laissons dans notre sillage que dévastation.
Quand on a été dépossédé de tout le reste, la connaissance est la seule chose qui nous aide à aller de l’avant.
Je réfléchis à tout cela et à la fugacité frustrante de la vie. Une crotte de mouche au milieu de l'éternité, avant que l'obscurité ne nous engloutisse.