Œuvre
Le Hussard bleu (1950)
Sans les rochers, on sait bien que les vagues ne monteraient jamais si haut.
Certaines vérités n'ont de force que dans l'ombre et piétinées. Au grand jour, elles s'envolent, regagnent leur ciel impérissable.
Le monde ressemble affreusement au monde.
On a beau se donner du mal, l'ordre est le plus fort et retrouve toujours ses droits.
(La philosophie) est comme la Russie: pleine de marécages et souvent envahie par les Allemands.
Quand on la regarde bien en face, il paraît que la vie se trouble et file sans demander son reste.
Par exemple, le football, on y joue dans des endroits spéciaux. Il devrait y avoir des terrains de guerre pour ceux qui aiment bien mourir en plein air. Ailleurs on danserait et on rirait.
Un escadron disciplinaire sera formé à la première occasion. Constitué par les esprits les plus rebelles du régiment, il se consacrera à des travaux de bûcheronnage et d'artisanat, suivant les principes des Chantiers de Jeunesse.
On ralentit, on allait entrer dans un patelin. Les mômes y se cassent. On se dit: on leur fait peur.
Ah, là, là! Ces Américains! On aurait dû nous les fournir dans des emballages en cellophane.
Les Fridolins tirent avec une monotonie parfaite, les arbres et les branches semblent tomber en tous lieux.
La philo n'est pas mal non plus. Malheureusement, elle est comme la Russie: pleine de marécages et souvent envahie par les Allemands.
Moi qui affecte tant de dégoût pour les hommes, je suis heureux de leur ressembler dans les actions essentielles de la vie. J'aime leurs églises, leurs tableaux. Je proteste contre le monde moderne, mais j'adore ses femmes minces.