Œuvre

La vie devant soi (1975) (sous le pseudonyme d'Emile Ajar)

La prochaine fois que j'aurai un chien, je le prendrai au berceau, comme ça j'aurai beaucoup de temps pour le perdre.
J'avais parfois peur car j'avais encore beaucoup de vie devant moi et quelle parole pouvais-je donner à moi-même, moi, pauvre homme, alors que c'est Dieu qui tient la gomme à effacer ?
Parce qu'on ne peut pas vivre sans quelqu'un à aimer.
Il me faisait marrer, avec cette façon qu'il avait de répéter ça ne pardonne pas, ça ne pardonne pas, comme s'il y avait quelque chose qui pardonne.
La seule chose qu'elle ne voulait pour rien au monde, c'était le cancer, et là elle avait de la veine vu que c'était la seule chose qu'elle n'avait pas.
Elle a des yeux bruns d'une très jolie couleur, quand on ne fait pas attention au reste.
Moi je souriais, mais à l'intérieur j'avais envie de crever. Des fois je sens que la vie, c'est pas ça, c'est pas ça du tout, croyez-en ma vieille expérience.
Je m'étais installé sous une porte cochère pour attendre que ça passe mais le temps est encore plus vieux que tout et il marche lentement.