Œuvre

La Vie de mon père (1778)

On disait autrefois, les Besaciers de Saci, parce que ses Habitants mendiaient presque tous; ce qui n'était pas étonnant avec un si mauvais territoire.
La Communauté y ajoutait quinze bichets de froments et quinze d'orge par année.
Lorsqu'il traitait un point de morale, il nous demandait notre sentiment sur l'avantage qu'il devait procurer aux Hommes; il l'exposait si clairement, que les plus bouchés donnaient leur décision.
C'est encore, dans ces Assemblées, qu'on assigne chaque année le canton que chacun doit couper dans les bois communs.
Ne vous cassez pas la tête; tenez, je sais faire cette règle aussi bien que vous; et même d'une manière plus courte.
Ce succès jamais démenti, lui concilia singulièrement le respect et la confiance, non seulement de ses Co-habitants, mais encore de tous ceux des Bourgs circonvoisins.
Il prenait avec sa Femme un air de considération; mais sans apprêt et sans empesage. Son Epouse de son côté lui parlait avec respect.
Je n'oublie aucun de ces traits, qui peignent la vraie piété filiale, réduite à de pures grimaces dans les villes.
Ceux mêmes des Enfants de notre maison, qui malheureusement jetés dans le tourbillon d'un monde corrupteur, ont pu se livrer pendant quelques années d'effervescence à des plaisirs dangereux, n'ont pas tardé à rentrer en eux-mêmes.