Œuvre
La Tentation de l'innocence (1995)
Naître, c'est comparaître.
Le loisir moderne? L'art de brasser du vent travesti en surmenage.
Notre époque privilégie un seul rapport entre les âges: le pastiche réciproque. Nous singeons nos enfants qui nous copient.
Apprendre l'amour, c'est d'abord apprendre à parler d'amour et on ne l'apprend jamais aussi bien que chez les poètes, les romanciers, les philosophes.
Aimer, c'est accorder à l'autre, de notre plein gré, les pleins pouvoirs sur nous, se rendre dépendant de ses caprices, se mettre sous la coupe d'un despote aussi fantasque que charmant.
Aimer c'est vivre l'alliance indissoluble de la terreur et du miracle.
Dans l'indigent, on ne perçoit que l'indigence, pas l'homme.
Je ne suis pas comme les autres, telle est la formule de l'homme du troupeau. Car le châtiment qu'encourt l'individu contemporain est moins l'emprisonnement ou la répression que l'indifférence.
Chacun se croit irremplaçable et voit les autres comme une foule indistincte.
L'obscénité de la guerre, c'est l'inévitable complicité qu'elle finit par tisser entre des ennemis qui croient n'avoir rien en commun et se ressemblent de plus en plus.
Le pire des complots est l'indifférence : combien d'entre nous survivraient à l'idée qu'ils ne suscitent chez les autres ni assez d'amour ni assez de haine pour justifier la moindre malveillance ?
La télévision n'exige du spectateur qu'un acte de courage - mais il est surhumain -, c'est de l'éteindre.
Personne ne veut plus être tenu pour responsable ? chacun aspire à passer pour un malheureux ? même s'il ne traverse aucune épreuve particulière.