Œuvre

La tentation d'exister

Se détruit quiconque, répondant à sa vocation et l'accomplissant, s'agite à l'intérieur de l'histoire; celui-là seul se sauve qui sacrifie dons et talents pour que, dégagé de sa qualité d'homme, il puisse se prélasser dans l'être.
On périt toujours par le moi qu'on assume: porter un nom c'est revendiquer un mode exact d'effondrement.
«Que l'homme n'aime rien, et il sera invulnérable» (Tchouang-Tse). Maxime profonde autant qu'inopérante. L'apogée de l'indifférence, comment y atteindre, quand notre apathie même est tension, conflit, agressivité?
Notre mal? Des siècles d'attention au temps, d'idolâtrie du devenir.
Vivre à même l'éternité, c'est vivre au jour le jour.
Seul s'affranchit l'esprit qui, pur de toute accointance avec êtres ou objets, s'exerce à sa vacuité.
... ce que nous vénérons dans nos dieux ce sont nos défaites en beau.
... nous sommes tous des Lucifers de statistique.
Contaminés par la superstition de l'acte, nous croyons que nos idées doivent aboutir.
Quiconque s'avise d'atténuer notre solitude ou nos déchirements agit à l'encontre de nos intérêts et de notre vocation.
... ce «grand triste» (en parlant du Diable) est un rebelle qui doute.
... l'histoire, agression de l'homme contre lui même, ... se vouer à l'histoire, c'est apprendre à s'insurger, à imiter le Diable.
Seuls nous séduisent les esprits qui se sont détruits pour avoir voulu donner un sens à leur vie.
... l'utopie, presbytie des vieux peuples.
Les rides d'une nation sont aussi visibles que celles d'un individu.
La destruction des idoles entraîne celle des préjugés.
Nombreux sont ceux qui s'apprêtent à vénérer n'importe quelle idole et à servir n'importe quelle vérité, pourvu que l'une et l'autre leur soient infligées et qu'ils n'aient pas à fournir l'effort de choisir leur honte ou leur désastre.
L'art de se survivre, ils (les occidentaux) s'y distinguent déjà.
La raison: rouille de notre vitalité.
On ne peut être normal et vivant à la fois.
L'esprit est vampire.
L'aspiration à «sauver le monde» est le phénomène morbide de la jeunesse d'un peuple.
... le génie du regret.
... un peuple qui est un tourment pour lui-même est un peuple malade.
... songerie géologique.