Œuvre

La Sagesse et la destinée (1898)

Est-ce qu'un acte héroïque ne dépasse pas toujours les bornes de la raison? et cependant qui donc oserait dire que le héros n'est pas plus sage que ceux qui ne bougent pas parce qu'ils n'écoutent que leur raison?
Etre heureux, c'est avoir dépassé l'inquiétude du bonheur.
Lorsqu'un homme à l'âme basse tente de mesurer le bonheur d'un grand sage, ce bonheur fuit comme l'eau entre ses doigts; mais dans la main d'un autre sage, il devient aussi ferme, aussi brillant que l'or.
Il y a bien plus de terres inconnues dans le bonheur qu'il n'y en a dans le malheur. Le malheur a toujours la même voix, mais le bonheur fait moins de bruit à mesure qu'il devient plus profond.
Parler du bonheur, n'est-ce pas un peu l'enseigner? Prononcer son nom chaque jour, n'est-ce pas l'appeler? Et l'un des beaux devoirs de ceux qui sont heureux, n'est-ce pas d'apprendre aux autres à être heureux?
Ce n'est pas le bonheur qui nous manque, c'est la science du bonheur.
Il est plus important pour l'âme humaine de savoir la valeur d'un bonheur que d'en jouir.
Si vous aimez, ce n'est pas cet amour qui fait partie de votre destinée; c'est la conscience de vous-même que vous aurez trouvée au fond de cet amour qui modifiera votre vie.
La manière dont nous aimons ce que nous croyons être une vérité a plus d'importance que la vérité même.
L'amour ne brise dans un coeur que les objets fragiles, et s'il y brise tout, c'est que tout y était trop fragile.
On est heureux quand on a dépassé l'inquiétude du bonheur.
Trop d'êtres s'imaginent que le bonheur est autre chose que ce qu'ils ont, et c'est pourquoi ceux qui ont le bonheur doivent nous montrer qu'ils ne possèdent rien que ne possèdent tous les hommes dans leur coeur.
Plus l'amour est profond, plus l'amour devient sage ; et plus la sagesse s'élève, plus elle s'approche de l'amour. Aimez et vous deviendrez sage ; devenez sage et vous devrez aimer.
On n'aime véritablement qu'en devenant meilleur ; et devenir meilleur, c'est devenir plus sage.
On devrait pouvoir dire qu'il n'arrive aux hommes que ce qu'ils veulent qu'il leur arrive.