Œuvre
La Politique (1928)
Il y a des sciences politiques. Il n'y a pas une science de la politique.
Certains hommes politiques se vantent d'être des hommes tout court. Ne les croyez pas. S'ils n'étaient que des hommes, la politique les écoeurerait.
Le peuple est un souverain sans mémoire. Le pardon lui est aussi naturel que l'ingratitude.
Gouverner, c'est prévoir. Alors nul ne gouverne.
Les partis extrêmes ne peuvent régner. Ils ne servent que de frontières pour délimiter les positions du centre.
La liberté ne se reconnaît qu'à ses limites.
J'ai vu, un soir d'élection, pleurer un vieux député battu. Vingt ans auparavant, il avait écrasé son prédécesseur. Il ne pensait pas que le même destin pût jamais l'atteindre.
La Chambre est femme. Le sentiment a sur elle un grand empire. La seule raison n'en a point.
Les parlementaires ont généralement des femmes laides. Une jolie quémandeuse a toutes chances d'être écoutée.
Le peuple, a dit Rivarol, accorde aisément sa faveur, et presque jamais sa confiance.
Le plus sûr moyen de détruire un parti est d'accomplir son programme.
Seule la gloire console de l'esclavage. Aussi tout dictateur, s'il veut durer, est contraint de devenir un soldat heureux.