Œuvre

La Petite fille de Monsieur Linh (2005)

Qu'est-ce donc la vie humaine sinon un collier de blessures que l'on passe autour du cou?
La nuit a fait éclore dans la ville des milliers de lumières qui scintillent et paraissent se déplacer. On dirait des étoiles tombées à terre et qui cherchent à s'envoler de nouveau vers le ciel.
La voiture est comme un coffre jeté du haut d'un pont. On y étouffe. On n'y entend rien d'autre qu'un sourd et inquiétant rugissement. Le paysage tourbillonne dehors. On ne peut rien en saisir.
Ce peut être aussi cela l'existence! Des miracles parfois, de l'or et des rires, et de nouveau l'espoir quand on croit que tout autour de soi n'est que saccage et silence!
Dans le vent léger, au ciel, les hirondelles écrivent d'invisibles poésies.
Il se dit qu'un pays où les prénoms ne signifient rien est un bien curieux pays.
Il voit s'éloigner son pays, celui de ses ancêtres et de ses morts, tandis que dans ses bras l'enfant dort.
Mais je suis là, n'aie crainte, il ne peut rien t'arriver, je suis vieux mais j'aurai encore la force, tant qu'il le faudra, tant que tu seras une petite mangue verte qui aura besoin du vieux manguier.
Regardez-les courir ! Ils sont si pressés d'y arriver. Et arriver où, je vous le demande ! Là où on ira tous un jour ! Je ne peux pas m'empêcher d'y penser lorsque je les vois comme ça...