Œuvre
La Mort heureuse (1971)
Une seule chose était changée. Il se sentait libre à l’égard de son passé, et de ce qu’il avait perdu. Il ne voulait que ce resserrement et cet espace clos en lui, cette lucide et patiente ferveur devant le monde. Comme un pain chaud qu’on presse et qu’on fatigue, il voulait seulement tenir sa vie entre ses mains.
Une seule chose était changée. Il se sentait libre à l’égard de son passé, et de ce qu’il avait perdu. Il ne voulait que ce resserrement et cet espace clos en lui, cette lucide et patiente ferveur devant le monde.
Crois-moi, il n'y a pas de grande douleur, pas de grands repentirs, de grands souvenirs. Tout s'oublie même les grandes amours. C'est ce qu'il y a de triste et d'exaltant à la fois dans la vie. Il y a seulement une certaine façon de voir les choses et elle surgit de temps en temps. C'est pour ça qu'il est bon quand même d'avoir eu un grand amour, une passion malheureuse dans sa vie. Ça fait du moins un alibi pour les désespoirs sans raison dont nous sommes accablés.
Crois-moi, il n'y a pas de grande douleur, pas de grands repentirs, de grands souvenirs. Tout s'oublie même les grandes amours. C'est ce qu'il y a de triste et d'exaltant à la fois dans la vie.
Il lui fallait maintenant s'enfoncer dans la mer chaude, se perdre pour se retrouver, nager dans la lune et la tiédeur pour que se taise ce qui en lui restait du passé et que naisse le chant profond de son bonheur.
A chaque fois qu'il levait un bras, il lançait sur la mer immense des gouttes d'argent en volées, figurant, devant le ciel muet et vivant, les semailles splendides d'une moisson de bonheur.
Quand je regarde ma vie et sa couleur secrète, j’ai en moi comme un tremblement de larmes. Comme ce ciel. Il est à la fois pluie et soleil, midi et minuit.
Ce qui le frappait dans l'amour c'était pour la première fois du moins, l'intimité effroyable que la femme acceptait et le fait de recevoir en son ventre le ventre d'un inconnu. Dans cette sorte de laisse-aller, d'abandon et de vertige, il reconnaissait le pouvoir exaltant et sordide de l'amour.
Mais à notre âge, on n'aime pas voyons. On se plaît, c'est tout. C'est plus tard, quand on est vieux et impuissant qu'on peut aimer. A notre âge, on croit qu'on aime. C'est tout, quoi.
Tout ce qui m'arriverait par surcroît, eh bien, c'est comme la pluie sur un caillou. Ça le rafraîchit et c'est déjà très beau. Un autre jour, il sera brûlant de soleil. Il m'a toujours semblé que c'est exactement ça, le bonheur.