Œuvre
La mémoire du coeur (1997)
Il y a les coups que l'on réussit et ceux que l'on reçoit.
Le journalisme, ..., est une manière trompeuse et superbe de berner le temps.
Je découvre ainsi sous un jour bénéfique cette particularité du journalisme français: le pouvoir, qu'on le veuille ou non, n'en est jamais très loin.
Il faut toujours chercher à rendre la parole à ceux qui en sont privés.
Je sais déjà la difficulté de raconter et la tentation de se taire.
Je n'ai jamais pensé que, dans ce métier d'images, la gestion de son propre personnage mérite autant d'attention que lui en accordent aujourd'hui certains de mes congénères.
J'ai toujours pris l'information pour un exercice sérieux, grave même.
Ce n'est pas l'apparence du rôle qui m'intéresse: jouer la femme-tronc, cela n'a jamais été pour moi une fin en soi.
Entre ogres, la séduction ne dure que le temps d'arriver à la viande.
J'étais belge, américanisée, sans identité politique, et j'étais une femme.
Le temps n'est-il pas venu de croire qu'une femme, quel que soit le talent du compagnon qu'elle s'est choisi, peut tout à fait penser par elle-même?
Les grimaces et les hochets du pouvoir occupent plus volontiers les hommes, qui vont moins vite à l'essentiel.
Rien n'est jamais acquis pour une femme, sauf le sarcasme si elle trébuche.
D'un homme, on ajoute dans ce cas, avec admiration, qu'il a de l'autorité. D'une femme, on dira volontiers, avec reproche, qu'elle est autoritaire.
Mais les journalistes devraient bien être les premiers à douter d'eux-mêmes...