Œuvre

La Légende des siècles (1859)

L'amour est une mer dont la femme est la rive.
Tu sembles une note adorable ajoutée - Au concert qu'ici-bas l'âme écoute enchantée; - Car la femme est de tout le divin complément, - Car dans l'hymne éternel rien n'est faux, rien ne ment, - Et la nature, voix profonde, chante juste.
J'aime la vie, et vivre est la chose certaine, - Mais rien ne sait mourir comme les bons vivants. - Moi, je donne mon coeur, mais ma peau, je la vends.
Le soleil a toujours l'aube pour précurseur.
L'homme cherche, la vierge attend, la femme attire; - Léandre veut Héro, Manon veut Desgrieux; - Sachez cela, vous tous, vivants mystérieux. - Paix aux coeurs douloureux et joie aux fronts moroses!
Les coeurs sont le miroir obscur des firmaments; - Toutes nos passions reflètent les étoiles.
Par le déchirement magnifique des voiles - La nature constate et prouve l'unité; - Le rayon c'est l'amour, l'astre c'est la beauté. - Hyménée!
Et quand un grave Anglais, correct, bien mis, beau linge, - Me dit : - Dieu t'a fait homme et moi je te fais singe ; - Rends-toi digne à présent d'une telle faveur ! - Cette promotion me laisse un peu rêveur.
Je les ai bien reçus, trouvant que c'était sage. - L'âme a certainement la couleur du visage, - Disais-je ; l'homme blanc, c'est comme le ciel bleu ; - Et le dieu de ceux-ci doit être un très bon dieu.
Quand il se fut assis sur sa chaise dans l'ombre - Et qu'on eut sur son front fermé le souterrain, - L'oeil était dans la tombe et regardait Caïn.
Il n'est pas de brouillards, comme il n'est point d'algèbres, - Qui résistent, au fond des nombres ou des cieux, - A la fixité calme et profonde des yeux.