Œuvre

La goutte d'or

L'homme qui exhibe fièrement le couteau flambant neuf qu'il vient d'acquérir a toutes les chances de se couper dès qu'il s'en servira.
Et là, pauvre parmi les pauvres, il fit ce pour quoi les pauvres ont une vocation inépuisable, il attendit, immobile et patient.
A Tablebala, on n'a rien, mais on ne manque de rien. C'est ça une oasis.
La foule des Maghrébins reçut ces informations avec tout le respect de l'incompréhension.
La prodigalité est le seul luxe des pauvres.
Coffre-fort fragile et provocant, la vitrine appelle l'effraction.
La statue, comme le corps humain, peut être nue. Le mannequin ne peut pas être nu, il ne peut être que déshabillé.
Si ce que tu as à dire n'est pas plus beau que le silence, - Alors tais-toi!
... le plaisir de sentir le poids du temps.
Le ciseau du sculpteur libère la jeune fille, l'athlète ou le cheval du bloc de marbre. De même les signes sont tous prisonniers de l'encre et de l'encrier. Le calame les en libère et les lâche sur la page. La calligraphie est libération.
L'effigie est verrou, l'idole prison, la figure serrure. Une seule clef peut faire tomber ces chaînes: le signe.
L'image est toujours rétrospective. C'est un miroir tourné vers le passé. Il n'y a pas plus pure image que le profil funéraire, le masque mortuaire, le couvercle de sarcophage.
La calligraphie est l'algèbre de l'âme tracée par l'organe le plus spiritualisé du corps, sa main droite. Elle est la célébration de l'invisible par le visible.