Harcelée par les reproches de ses parents, elle était prête à sombrer dans un amer défaitisme.
Œuvre
La Force de l'âge (1960)
Quelques leçons particulières, une délégation au lycée Victor Duruy m'assuraient mon pain quotidien.
Ils multipliaient frénétiquement les dénonciations: «Il est un autre droit que nous revendiquons, écrivait Brasillach, c'est d'indiquer ceux qui trahissent».
Le jeu, en déréalisant notre vie, achevait de nous convaincre qu'elle ne nous contenait pas.
Contre les chars d'assaut de Franco, les dinamiteros lançaient des grenades et des bouteilles enflammées.
Nous aimions les musiques exotiques, les quais de la Seine, les péniches et les rôdeurs, les petits caboulots douteusement famés, le désert des nuits.
Il y en a peu qui pleurent; quelques-unes tout de même, accrochées au cou de leur homme. Les soldats plaisantent: «Alors, c'est les grandes eaux!»
Les communiqués annonçaient que les forces européennes effectuaient un repli élastique afin de «raccourcir» le front.
La croûte terrestre. Quel énorme gâteau, cette planète, mal cuit, trop cuit, boursouflé, crevassé, fendillé, craquelé, tavelé, gonflé de cloques, creusé de poches, fumant, fumeux, encore bouillant et bouillonnant.
Mon compositeur préféré était Ravel dont j'étudiai l'oeuvre aussi exhaustivement que je le pus.
Tous ces déclassés, ces exilés, ces ratés, ces fabulants nous reposaient des monotonies de la province.
A ses yeux, nous étions typiquement des frankaouis et il lui suffisait parfois de nous regarder pour rire aux éclats.
Une vague de xénophobie souleva la France: il était inadmissible qu'on employât une main-d'oeuvre italienne ou polonaise alors que les ouvriers de chez nous manquaient de travail.
Grâce à la semaine de quarante heures, on pouvait voir le samedi matin des couples, montés sur des tandems, qui pédalaient vers les portes de Paris.
Il ne nous semblait pas que les progrès de la technique aidassent à cette émancipation; des économistes américains prédisaient que bientôt les techniciens gouverneraient la terre: le mot de technocratie venait d'être inventé.
Une oeuvre à thèse non seulement ne montre rien mais elle ne démontre jamais que des fadaises.
Le monde s'éclaira d'un jour neuf au moment où je vis dans le travail la source et comme la substance des valeurs.
Il n'y eut que le vampire de Düsseldorf qui nous fit rêver, car nous pensions que pour comprendre quelque chose aux hommes, il faut interroger les cas extrêmes.
«A quoi bon voyager? on ne se quitte jamais», m'a dit quelqu'un. Je me quittais; je ne devenais pas une autre, mais je disparaissais.
Ecrire est un métier... qui s'apprend en écrivant.
Lorsqu'on prétend se jouer des salauds, en vérité on se compromet avec eux.
Une habitude c'est presque une compagnie dans la mesure où une compagnie n'est bien souvent qu'une habitude.
A dix-neuf ans, malgré mes ignorances et mon incompétence, j'avais sincèrement voulu écrire je me sentais en exil et mon unique recours contre la solitude, c'était de me manifester.