Œuvre

La Femme des sables (1962)

Au fond, vois-tu, c'est l'aveugle et imaginative innocence des femmes qui fait de l'homme leur pire ennemi...!
Oh non, de quelque façon que l'on s'y prenne, ce n'est pas la force de l'intelligence qui fait tourner la vie humaine... Cette existence-ci, cette existence-là, l'évidence, c'est qu'il y a beaucoup de manières d'exister... et qu'il arrive parfois que l'autre versant, celui qui fait face au côté où l'on se trouve, vous apparaisse un tant soit peu plus désirable...
Oh non, de quelque façon que l'on s'y prenne, ce n'est pas la force de l'intelligence qui fait tourner la vie humaine...
A vivre ma vie comme je la vis, de me demander ce qu'il en adviendra est bien pour moi, en vérité, la chose du monde la plus insupportable ! Et quant à savoir ce qu'est au juste la nature de mon existence, ça, c'est une impossibilité de condition : aucun moyen d'en rien saisir... Mais quand même, si, sur ce chemin-là, il se trouve quelque côté plus clair où l'esprit aperçoive de quoi le distraire, si peu que ce puisse être... eh bien, j'ai beau ne pas savoir pourquoi, je finis par me persuader que c'est encore là la meilleure direction...
A vivre ma vie comme je la vis, de me demander ce qu'il en adviendra est bien pour moi, en vérité, la chose du monde la plus insupportable !
Et quant à savoir ce qu'est au juste la nature de mon existence, ça, c'est une impossibilité de condition : aucun moyen d'en rien saisir... Mais quand même, si, sur ce chemin-là, il se trouve quelque côté plus clair où l'esprit aperçoive de quoi le distraire, si peu que ce puisse être... eh bien, j'ai beau ne pas savoir pourquoi, je finis par me persuader que c'est encore là la meilleure direction...
Non, à la vérité, que le temps coure à la vitesse d'un cheval au galop, ça, on ne peut le dire. Ni davantage qu'il se traîne avec plus de lenteur encore qu'une charrette à bras. Le temps va son rythme à lui.
Toutes choses qu'on laisse derrière soi sont déjà choses mortes !
La Solitude, c'est une soif qu'on ne peut apaiser ; la soif d'une illusion que l'on poursuit, et qui sans cesse se dérobe ...
Peut-il être, en vérité, plus horrible réponse que l'absence de réponse !
Seul le naufragé qui vient à grand-peine d'échapper à la noyade est à même de comprendre, lui et nul autre, tout le désir qu'on peut avoir de rire, simplement parce qu'il vous est donné de pouvoir encore respirer et vivre.
Et la répétition, ça n'est pas l'indispensable condition du maintien même de l'existence, peut-être, non?
Ce qu'on appelle punition, châtiment, était-ce donc autre chose, en vérité, que le dédommagement payé pour la faute commise ?
Qui court après l'autre est le dernier lassé.
Un bagage dont on ignore le contenu est toujours un peu comme un explosif dont la curiosité serait le détonateur.
L'homme était comme cire dans la flamme : la sueur lui suintait, il fondait. Par tous les pores de la peau, la sueur lui perlait.
Ce qui fait qu'un naufragé tombe de faim ou de soif, c'est moins la déficience de l'organisme que la peur qu'il a de la privation, c'est bien connu.
La vraie défaite, ça doit plutôt commencer de l'instant où l'on se dit, précisément, que d'accepter de prendre patience serait déjà une défaite.
Ne fût-ce que de s'être débattu en pure perte, il en gardait, le paralysant, pour ainsi dire, dans tous les nerfs de son corps, le sentiment direct de son impuissance.
A s'y méprendre, sous son placage de sable, la Femme des sables était, au regard, devenue Statue.