Œuvre

L'Amour baroque (1971)

L'amour perd son nom dès qu'il perd sa fête physique, l'amour s'en va quand arrive l'étreinte hebdomadaire du samedi soir après l'turbin. Il a raison de fuir, il est de démence et non pas d'habitude, il est soleil, pas chauffage central.
Un petit coup de bonheur suffit pour considérer le monde au travers de lunettes de soleil.
La vraie solitude, c'est de ne pas aimer.
Faire l'amour à la fille qu'on aime, j'avais oublié, mon Dieu, que c'était le seul signe que Dieu, parfois, adresse aux hommes du plus haut de ses cieux.
Elle avait ce curieux visage au-delà de la beauté, ce visage que la mémoire brouille et bat comme des cartes, ce visage aperçu au travers d'une vitre embuée. Le temps est un vandale, qui l'estompera. La mort est bien la mort, qui l'anéantira.
Il ne suffit pas aux garçons d'aimer, encore moins dans le fond de «posséder», il leur faut, de plus - ce qui leur joue souvent des tours qu'ils eussent pu éviter et prévoir -, que leurs amis approuvent, admirent, envient l'objet de leurs pensées.
L'indifférent n'éprouve jamais l'envie de tuer. L'assiette vide, il la repousse, et s'en va. L'enragé fixe la sienne d'un oeil sombre, et reste, même pitoyable, même ridicule. Ces amours-propres ne l'atteignent plus.
Les femmes, même au miroir, ne sauraient jamais leur beauté, si des sots ne s'avisaient de la leur seriner sur tous les tons.
L'amour est la dure école de la vergogne.
La cohabitation condamne l'amour à mort, l'assassine lâchement au compte-gouttes.
J'admire les femmes. Elles ne sont pas les égales de l'homme, elles lui sont de très loin supérieures, n'ayant pas leurs navrantes naïvetés. Elles font de triomphales veuves.
En amour, les minutes de silence sont toujours bonnes à prendre. Nul n'y risque sa peau.