Œuvre

Journal

Tous les matins, en se levant, on devrait dire : «Chic, je ne suis pas encore mort ! »
Autos sur la route, chasseurs dans les champs, la terre devient inhabitable.
Mon amour de toi ne s'aime pas.
Il me faut par tous les moyens lutter contre la dislocation et l'éparpillement de la pensée.
Le plus honnête homme fait un peu de bien, et beaucoup de mal.
On remporte sur soi de toutes petites victoires qui reculent à peine les grandes défaites.
Les moineaux disent de nous : ils construisent des maisons pour que nous puissions faire nos nids dans les murs.
Il ne faut pas croire que la paresse soit inféconde. On y vit intensément, comme un lièvre qui écoute. On y nage comme dans l'eau, mais on y sent les frôlements des herbes du remords.
L'homme se dépeint par quelques mots qu'il laisse échapper. Dès qu'il fait une phrase entière, il ment.
Seigneur, donnez-moi de ne vouloir qu'une seule chose et de la vouloir sans cesse.
Humains, réveillez-vous ! Rassemblez-vous pour combattre de toutes vos forces ceux qui détruisent la paix ! Assez de réflexions, de résolutions, de discours, de neutralité. En avant, contre l'ennemi de l'humanité !
Celui, qui, vivant, ne vient pas à bout de la vie, a besoin d'une main pour écarter un peu le désespoir que lui cause son destin.
Les lois et les censures compromettent la liberté de pensée bien moins que ne le fait la peur. Toute divergence d'opinion devient suspecte et seuls quelques très rares esprits ne se forcent pas à penser et juger comme il faut.
Je crois qu'il est dans ma destinée de tailler mon chemin dans le roc ; car je ne pourrais suivre celui pratiqué par les autres.
C'est si facile à une femme de se faire aimer ! Nul besoin d'être bien jeune ni bien jolie. Il n'y a qu'à tendre la main d'une certaine façon et l'homme y met tout de suite son coeur.
A la mort d'un ancien, on est comme sur une écluse : on change de niveau.
Quand une femme vous dit : Un homme comme vous..., c'est une façon de dire : Quand vous voudrez, monsieur.
Lire est une forme de paresse dans la mesure où on laisse le livre penser à la place du lecteur. Le lecteur lit et se figure qu'il pense de là ce plaisir qui flatte l'amour-propre d'une illusion délicate.
Les moeurs, c'est comme l'argent : il n'y a que la menue monnaie qui change de ville à ville. Ce qui a de la valeur et ce qui importe reste le même.
Il n'y a pas de synthèse : il n'y a que le discontinu.
Un artiste ne gagne jamais d'argent par son art, mais par ce qu'il sait mettre à côté.
La nature n'est pas définitive : on peut toujours lui ajouter.
Chez moi, un besoin presque incessant de dire du mal des autres, et une grande indifférence à leur en faire.
Heureux ceux qui sont nés parfaits ! On a beau faire, on ne le devient jamais.
Que de gens dont il faut dire, après un quart d'heure de paroles : Encore un qui sait tout ! et qu'il faut fuir !