Œuvre
Journal en miettes (1967)
Je préfère la vie à la mort, exister à ne pas exister, car je ne suis pas sûr d'être une fois que je n'existerai plus.
Le sentiment anhistorique et fondamentalement asocial de la suprême étrangeté universelle.
L'antisémitisme n'est pas d'origine allemande: il est russe, polonais, français.
Le sentiment anhistorique et fondamentablement asocial de la suprême étrangeté universelle.
On peut parler sans penser. Il y a pour cela à notre disposition les clichés, c'est-à-dire les automatismes.
J'aime ma névrose. Je ne veux pas guérir. C'est de là que me vient cette peur bleue, cette panique dès la nuit.
Ah, si l'«à quoi bon» n'avait germé dans mon âme, puis n'avait poussé, puis n'avait tout recouvert, n'avait étouffé les autres plantes, j'aurais été un autre, comme dit l'autre.
Il va y avoir un an que j'ai pratiquement interrompu ce journal et cette quête, cette exploration dans la forêt broussailleuse si difficile à pénétrer, à la recherche de moi-même.
Je rêve que je n'ai plus qu'une molaire dans la partie supérieure de la mâchoire et que cette molaire ne tient plus; en effet, je la déchausse avec les doigts; la dent est longue, une racine très profonde.
C'est à travers un texte, c'est-à-dire à travers une confession, c'est-à-dire en plongeant dans l'univers, c'est-à-dire dans les abîmes d'un autre que la communion peut s'accomplir ... Intimité profonde, discrète, totale.
Car les gens qui mouraient, c'étaient encore des gens qui «s'en allaient», qui n'attendaient pas leur mort, mais s'éloignaient. On s'éloigne. C'est de l'espace, ce n'est pas du temps.
Le monde est une épiphanie, une splendide manifestation de la divinité; cependant, pour obtenir le salut, il faut se détacher du monde sensible.
Les satisfactions que j'ai cherchées pour combler une vie, un vide, une nostalgie et que j'ai obtenues ont réussi parfois, mais si peu, à masquer le malaise existentiel.
La vie est malheur. Cela m'empêche pas de préférer la vie à la mort, exister à ne pas exister, car je ne suis pas sûr d'être une fois que je n'existerai plus.