Œuvre
Journal d'un poète (1867)
La majorité des publics grossiers, en France, cherche dans les arts l'amusant et jamais le beau. De là les succès de la médiocrité.
Je n'ai pas rencontré un homme avec qui il n'y eut quelque chose à apprendre.
Tous les utopistes sans exception, ont eu la vue trop basse et ont manqué d'esprit de prévision.
J'aime peu la comédie, qui tient toujours plus ou moins de la charge et de la bouffonnerie.
Plus l'esprit est vigoureux, plus il se perd dans les catacombes de l'incertitude humaine.
Ma tête, pour concevoir et retenir les idées positives, est forcée de les jeter dans le domaine de l'imagination.
J'étais indépendant d'esprit et de parole, j'étais sans fortune et poète, triple titre à la défaveur.
Le malheur des écrivains est qu'ils s'embarrassent peu de dire vrai, pourvu qu'ils disent.
Exempt de tout fanatisme, je n'ai point d'idole. J'ai lu, j'ai vu, je pense et j'écris seul, indépendant.
La réserve et la dignité de caractère servent donc à grandir un homme, et, quand un peu de talent le met en lumière, lui donnent une assez haute position.
Il n'y a que le mal qui soit pur et sans mélange de bien. Le bien est toujours mêlé de mal.
Comment ne pas éprouver le besoin d'aimer? Qui n'a senti manquer la terre sous ses pieds sitôt que l'amour semble menacer de se rompre?
L'amour est une bonté sublime.
Le travail est un oubli, mais un oubli actif qui convient à une âme forte.
Aimer, inventer, admirer, voilà ma vie.
Aimer, oui, car l'amour est une inépuisable source de réflexions, profondes comme l'éternité, hautes comme le ciel, vastes comme l'univers.
Le coeur a la forme d'une urne. C'est un vase sacré tout rempli de secrets.
Rendez-moi ma santé, mon temps, ma famille, mon bonheur perdu.
L'honneur, c'est la poésie du devoir.
L'ennui est la grande maladie de la vie ; on ne cesse de maudire sa brièveté, et toujours elle est trop longue, puisqu'on n'en sait que faire.