Œuvre

Humain, trop humain (1878-1879)

Il n'y a pas assez d'amour et de bonté dans le monde pour avoir le droit d'en prodiguer à des êtres imaginaires.
Dans la solitude, le solitaire se ronge le coeur ; dans la multitude, c'est la foule qui le lui ronge. Choisis donc !
Un véritable renard n'appelle pas seulement trop verts les raisins qu'il ne peut pas atteindre, mais encore ceux qu'il atteint et dont il prive les autres.
Tous les hommes se divisent, et en tous temps et de nos jours, en esclaves et libres ; car celui qui n'a pas les deux tiers de sa journée pour lui-même est esclave, qu'il soit d'ailleurs ce qu'il veut : homme d'Etat, marchand, fonctionnaire, savant.
Si l'on n'a pas un bon père, on doit s'en donner un.
Si les époux ne vivaient pas ensemble, les bons mariages seraient plus fréquents.
L'augmentation de la sagesse se laisse mesurer exactement d'après la diminution du fiel.
Dans toute morale ascétique, l'homme adore une part de soi-même sous les espèces de Dieu, et il a besoin pour cela de changer en diable la part qui reste...