Œuvre
Essais, III, 2, Du repentir
Tel a esté miraculeux au monde, auquel sa femme et son valet n'ont rien veu seulement de remercable. Peu d'hommes ont esté admirez par leurs domestiques.
Je ne peins pas l'être. Je peins le passage: non un passage d'âge en autre, ou, comme dit le peuple, de sept ans en sept ans, mais de jour en jour, de minute en minute. Il faut accommoder mon histoire à l'heure.
Le prix de l'âme ne consiste pas à aller haut, mais ordonnément.
La force de tout conseil gît au temps; les occasions et les matières roulent et changent sans cesse.
Si j'avais à revivre, je revivrais comme j'ai vécu, ni je ne plains le passé, ni je ne crains l'avenir.
Il faut que notre conscience s'amende d'elle-même par renforcement de notre raison, non par l'affaiblissement de nos appétits.
Le monde n'est qu'une branloire pérenne. Toutes choses y branlent sans cesse : la terre, les rochers du Caucase, les pyramides d'Egypte, et du branle public et du leur. La constance même n'est autre chose qu'un branle plus languissant.