Œuvre

Electre (1937)

C'est un bonheur pour vierge. C'est un bonheur solitaire.
C'est avec la justice, la générosité, le devoir, et non avec l'égoïsme et la facilité que l'on ruine l'Etat, l'individu et les meilleures familles.
Tout le mal du monde est venu de ce que les soi-disant purs ont voulu déterrer les secrets et les ont mis en plein soleil.
Je ne le sais pas encore. Je sais seulement que c'est la même haine. C'est pour cela qu'elle est si lourde, pour cela que j'étouffe. Je les hais d'une haine qui n'est pas à moi.
Elle doit y aller jusqu'à ce que le monde pète et craque dans les fondements des fondements et les générations des générations, dussent mille innocents mourir la mort des innocents pour laisser le coupable arriver à sa vie de coupable.
Regardez les deux innocents. C'est ce qui va être le fruit de leurs noces: remettre à la vie pour le monde et les âges un crime déjà périmé et dont le châtiment lui-même sera un pire crime.
Cela ne va pas te suffire que les visages des menteurs soient éclatants de soleil? Que les adultères et les assassins se meuvent dans l'azur? C'est cela le jour. Ce n'est déjà pas mal.
Je veux que leur visage soit noir en plein midi, leurs mains rouges. C'est cela la lumière. Je veux que leurs yeux soient cariés, leur bouche pestilentielle.
On n'a le droit de sauver une patrie qu'avec des mains pures.
Dans ce pays qui est le mien on ne s'en remet pas aux dieux du soin de la justice. Les dieux ne sont que des artistes. Une belle lueur sur un incendie, un beau gazon sur un champ de bataille, voilà pour eux la justice.