Œuvre
Dictionnaire des idées reçues (1913)
Boudin: Signe de gaieté dans les maisons. Indispensable la nuit de Noël.
Etagère: Indispensable chez une jolie femme.
Androclès: Citer le lion d'Androclès à propos de dompteurs.
Odeur des pieds: Signe de santé.
Enthousiasme: Ne peut être provoqué que par le retour des cendres de l'Empereur. Toujours impossible à décrire, et pendant deux colonnes le journal ne parle que de ça.
Eléphants: Se distinguent par leur mémoire, et adorent le soleil.
Guerre: Tonner contre.
Malédiction: Toujours donné par un père.
Bossus: Ont beaucoup d'esprit. Sont très recherchés par des femmes lascives.
Grottes à stalactites: Il y a eu dedans une fête célèbre, bal ou souper, donné par un grand personnage. On y voit «comme des tuyaux d'orgue». On y a dit la messe pendant la Révolution.
Jaspe: Tous les vases des musées sont en jaspe.
Innovation: Toujours dangereuse.
Canards: Viennent tous de Rouen.
Dauphin: Porte les enfants sur son dos.
Ange: Fait bien en amour et en littérature.
Magistrature: Belle carrière pour se marier. Magistrats tous pédérastes.
Egoïsme: Se plaindre de celui des autres et ne pas s'apercevoir du sien.
Hôtels: Ne sont bons qu'en Suisse.
Jockey-club: Ses membres sont tous des jeunes gens farceurs et très riches. Dire simplement «le Jockey»: très chic, donne à croire qu'on en fait partie.
Czar: Prononcer tzar et de temps en temps autocrate.
Malthus: «L'infâme Malthus».
Progrès: Toujours mal entendu et trop hâtif.
Lac: Avoir une femme près de soi quand on se promène dessus.
Ferme (subst.): Lorsqu'on visite une ferme, on ne doit y manger que du pain bis et ne boire que du lait. Si on ajoute des oeufs, s'écrier: «Dieu! comme ils sont frais! Il n'y a pas de danger pour qu'on en trouve de comme ça à la ville.»
Giaour: Expression farouche, d'une signification inconnue, mais on sait que ça se rapporte à l'Orient.