Œuvre
Dans le labyrinthe (1959)
Le grand attirail de soldat en campagne paraît cependant indiquer, plutôt, qu'il s'agit vraiment du début de la guerre, car un fantassin en permission ne vient pas chez lui dans un accoutrement si peu commode, en temps normal.
Le docteur devait ensuite aller prendre chez soi de quoi donner les premiers soins au blessé, en attendant qu'un hôpital puisse l'accueillir.
Un peu de neige s'est accumulée à la partie supérieure du dernier anneau saillant qui enserre la base élargie du réverbère, formant un cercle blanc ...
A eux deux, ils ont soulevé le corps, l'homme le tenant par les cuisses et la femme par les épaules, sous les aiselles.
La mince ligne noire, qui, demeurant dans la pénombre hors du cercle de lumière et à une distance de quatre ou cinq mètres, est d'observation très aléatoire.
Un visage fatigué, plutôt maigre, encore amaigri par une barbe qui n'a pas été rasée depuis plusieurs jours.
De nouveaux cris risquaient alors d'ameuter une seconde fois toute la maison, faisant détaler les ombres vers la cage de l'escalier et jaillir des figures affolées dans l'entrebâillement des portes.
Tant d'autres vêtements sont accrochés avec celui-là, accumulés les uns par-dessus les autres, qu'il est difficile de distinguer quoi que ce soit dans l'amoncellement.
Il regardait en face de lui la maison d'angle, de l'autre côté de la chaussée.
Bien que le fond de leur désaccord ne soit pas facile à démêler, la violence en est indiquée suffisament par le maintien des antagonistes, qui se livrent l'un comme l'autre à des gesticulations démonstratives.
Le gamin qui s'éloigne en courant à toutes jambes, apparaissant et disparaissant, visible à chaque fois pendant quelques secondes, dans les taches de lumière successives, de plus en plus petit, à intervalles de temps égaux ...
Elle le regarde en plissant un peu les paupières, semblant guetter la suite de ses paroles avec une attention exagérément tendue, vu l'importance que lui-même leur accorde.
Il arrive aussitôt devant l'escalier, en face du soldat, qui, pour éviter la rencontre des deux corps dans le noir, tend les mains à l'aveuglette autour de lui.
Le vent souffle dans les feuilles, entraînant les rameaux entiers dans un balancement, balancement, qui projette son ombre sur le crépi blanc des murs.
C'est un papier gris pâle, rayé verticalement de bandes à peine plus foncées; entre les bandes foncées, au milieu de chaque bande claire, court une ligne de petits dessins, tous identiques, d'un gris très sombre.
Le bas du tablier est très ample, ainsi que la jupe, tandis que le haut n'est qu'un simple carré de toile.
Le papier d'emballage, soigneusement replié sur le petit côté du parallélépipède, bâille légèrement en un bec aux lignes précises, pointant obliquement vers le bas.
Sa jambe gauche paraît hors d'usage; il marche à l'aide d'une béquille de bois placée sous l'aisselle, dont il se sert avec adresse, à en juger par la rapide manoeuvre qu'il vient d'exécuter.
La lueur des lampadaires est très faible, rendue plus incertaine encore par l'éclat diffus que répandent alentour toutes ces surfaces blêmes, le sol, le ciel, le rideau de flocons serrés.
Le sol est en bois ordinaire, noirci par la boue et de grossiers lavages, ainsi que les premières marches, seules bien visibles, de l'escalier.
Le blessé a laissé aussi son fusil. Mais, lui, a conservé le sien, dont la bretelle vient de céder et qu'il est obligé de tenir à la main.
La clé néanmoins a tourné sans bruit dans la serrure, les gonds n'ont pas grincé, la porte s'est refermée en silence.
La capote militaire est boutonnée jusqu'au col, où se trouve inscrit le numéro matricule, de chaque côté, sur un losange d'étoffe rapporté.
Sur le damier de petits carreaux rouges et blancs de la toile cirée, le verre a laissé plusieurs traces circulaires.
C'est un soldat encore, où plutôt la moitié d'un soldat, car il est vêtu d'un calot et d'une vareuse militaires, mais avec un pantalon civil de couleur noire et des souliers en daim gris.