Œuvre
Contre la bienveillance (2016)
Toute instauration d’un délit d’islamophobie comme forme d’intolérance particulière est, de ce point de vue, à exclure. Si l’islam doit être toléré au titre de la liberté de conscience, il ne peut être protégé par principe de toute critique derrière le paravent d’un délit qui sera invoqué à la première remarque critique. Il ne s’agit pas de faire de l’islam un épouvantail et l’unique menace pour la démocratie, mais de reconnaître lucidement les points sur lesquels la foi religieuse entre frontalement en conflit avec les principes démocratiques et la nécessité absolue de séparer les croyances religieuses de ces principes.
Il y a une différence absolue entre penser et sentir, entre concevoir quelque chose et le vivre. Nous en faisons l’expérience proprement sidérée quand arrive pour de bon la catastrophe dont nous avions pourtant envisagé tous les détails. Nous avions prévu le pire, mais quand il advient, il est encore pire que tout ce que nous avions imaginé : il est réel.
Le fondamentalisme religieux, le fanatisme ne sont évidemment rien de nouveau. Les persécutions religieuses, les massacres au nom de la foi, les inquisitions, les guerres de religion ne datent pas d’hier. On aurait même plutôt le sentiment que, dans l’histoire des religions, ce sont le non-fondamentalisme et la tolérance qui sont des exceptions.
La crise d’une situation est toujours aussi une crise des concepts pour l’appréhender.
L’obsession de la bienveillance et du soin conduit à accepter toutes les différences, pour peu qu’elles invoquent les excuses de la vulnérabilité, de la souffrance, et de la minorité. Elle favorise donc les revendications communautarisme qui s’avancent masquées sous des dehors de plaintes.
L’homme de notre temps ne pleure pas, il pleurniche. Il ne compatit pas, il s’émeut. Il n’est pas généreux, il fait des dons défiscalisés. Il ne fait pas preuve de sollicitude, il appelle le 115 pour qu’une équipe de maraudeurs du SAMU social intervienne.