Œuvre

Considérations sur la France (1796)

Ce ne sont point les hommes qui mènent la révolution, c'est la révolution qui emploie les hommes.
Il n'y a point d'homme dans le monde. J'ai vu dans ma vie des Français, des Italiens, des Russes; je sais même, grâce à Montesquieu, qu'on peut être Persan; mais quant à l'homme je déclare ne l'avoir rencontré de ma vie; s'il existe c'est bien à mon insu.
Il y a bien moins de difficulté à résoudre un problème qu'à le poser.
Il y a dans la révolution française un caractère satanique qui la distingue de tout ce qu'on a vu et peut-être de tout ce qu'on verra.
L'histoire du neuf thermidor n'est pas longue: quelques scélérats firent périr quelques scélérats.
Le christianisme a été prêché par des ignorants et cru par des savants, et c'est en quoi il ne ressemble à rien de connu.
Nous sommes tous attachés au trône de l'Etre Suprême par une chaîne souple, qui nous retient sans nous asservir.
Le législateur ressemble au Créateur; il ne travaille pas toujours; il enfante, et puis il se repose.
Ce qu'il y a de plus admirable dans l'ordre universel des choses, c'est l'action des êtres libres sous la main divine.
Librement esclaves, ils opèrent tout à la fois volontairement et nécessairement : ils font réellement ce qu'il veulent, mais sans pouvoir déranger les plans généraux.
Dans les ouvrages de l'homme, tout est pauvre comme l'auteur ; les vues sont restreintes, les moyens roides, les ressorts inflexibles, les mouvements pénibles, et les résultats monotones.
Chaque nation, comme chaque individu, a reçu une mission qu'elle doit remplir.
La France exerce sur l'Europe une véritable magistrature qu'il serait inutile de contester, dont elle a abusé de la manière la plus coupable.
Il y a dans la révolution française, un caractère satanique qui la distingue de tout ce qu'on a vu, et peut-être de tout ce qu'on verra.
L'histoire prouve malheureusement que la guerre est l'état habituel du genre humain dans un certain sens, c'est à dire que le sang humain doit couler sans interruption sur le globe, ici où là ; et que la paix, pour chaque nation, n'est qu'un répit.
L'homme peut tout modifier dans la sphère de son activité, mais il ne crée rien : telle est sa loi, au physique comme au moral.