Œuvre

Comme un grain (2004)

Langue devient une dent - Quand toujours on ment.
Le nez n'est pas dans la gorge. - Prévenir n'est pas un présage.
A quoi bon les yeux - Sans rien derrière eux ?
Le chemin de la vérité - A des prairies de fausseté.
Si la vérité est ailleurs, - C'est qu'on l'a balayée par terre.
Les grands hommes marchent sur leur ombre: - Ils anticipent l'avenir.
Marin meurt dans ce qui le fait vivre. - Nous mourrons dans l'air et dans l'espoir.
Si la mort n'est pas loin, - Fais-lui coucou de loin.
La mort nous fait un sourire. - Il ne fallait pas lui sourire.
Une poussière dans l'oeil. - Etait-ce mon aïeul ?
Le sourire en faucille. - La mort d'un bout de cil.
Un oiseau qui vole ne s'enterre - Au ciel: égaux devant la mort.
La feuille d'automne descend plus vite - Que les arbres ne grandissent plus vite.
L'anniversaire de notre mort, - On ne le fête que par les autres.
Tous les crânes du squelette font plaisir - Des anthropologues. Ou dictateurs !
Il n'y a jamais de videur - Devant la «boîte de la mort».
Quand le martyr meurt, - Il meurt tous les jours.
On ferme le cercueil du mort. - De toute manière, il ne sort...
Au cercueil sert le même bois, - Et à la charpente du toit.
Guerre, c'est le dépassement de soi: - Les jambes sont à trois mètres de soi...
Nous mourons avec un préavis. - Le préavis, c'est notre vie.
On n'enterre pas la terre. - Mais nous serons poussière.
La mort ne dure qu'un instant, - Mais on y pense chaque instant.
Le temps est un fouet - Au visage défait.
C'est dépôt de bilan, la mort. - Ou plutôt un dépôt de corps.