Œuvre

Carnets tome 1

La politesse est à la bonté ce que les paroles sont à la pensée.
... la creuse raisonnaillerie.
Tout ce qui est beau est indéterminé.
La religion défend de croire au delà de ce qu'elle enseigne.
Ne choisir pour son épouse que la femme qu'on choisirait pour ami si elle était homme.
Deux sortes d'éloquence. Celle qui tend à communiquer nos enthousiasmes et celle qui tend à communiquer nos passions. Dans l'une, tout vise au repos et à la lumière; tout dans l'autre tend au contraire à l'ardeur, et au mouvement.
Il me semble beaucoup plus difficile d'être un moderne que d'être un ancien.
Pour bien entendre une belle et grande pensée, il faut peut-être autant de temps que pour l'avoir, la concevoir. S'en pénétrer ou la produire sont presque une même action.
Quand je luis... je perds mon huile.
Il faut que les pensées s'entresuivent et se lient, comme les sons dans la musique, par leur seul rapport - harmonie - et non comme les chaînons d'une chaîne, comme des perles enfilées.
Il est bon, il est beau que les pensées rayonnent, mais il ne faut pas qu'elles étincèlent: si ce n'est fort rarement. Qu'elles reluisent est le meilleur.
Les scrupuleux font rarement de grandes choses.
On ne sait bien quoi que ce soit que lorsque l'on le sait après l'avoir appris il y a longtemps.
Cela est vrai, un roi sans religion paraît toujours un tyran.
... en chassant les dieux, on agrandit le monde.
La peur nourrit l'imagination.
Tout excès est défaut.
Réfléchir est un des travaux de la vie, un moyen d'arriver, un chemin, un passage, et non pas un centre. Tout tend sans cesse à sa dernière destination. Connaître et être connu, voilà les deux points de repos. Tel sera le bonheur des âmes.
Sotte erreur n'est pas dangereuse, mais les erreurs ingénieuses. Tout ce qui n'a aucun danger n'est digne d'aucune attaque.
Règle générale: joignez la pensée à l'image, mais ne les mêlez pas, de peur que l'une n'affaiblisse l'autre.
Rien n'est pire au monde qu'un ouvrage médiocre qui fait semblant d'être excellent.
Choisir, et l'embarras du choix. Rien n'est plus important et plus pénible dans l'art d'écrire.
Toute perfection est lente; tout ce qui est mûr a mûri lentement.
Les dettes abrègent la vie.
Il faut toujours qu'une idée et même un sentiment paraissent sortir du sein, du fonds et comme des entrailles de plusieurs autres.