Œuvre

Carnet d'un biologiste (1959)

J'en arrive à l'âge où l'on commence à faire pitié lorsqu'on est pauvre.
Je voudrais le marbre de la certitude pour y installer mes doutes.
Il est plus facile, en politique, d'être prophète que juge.
Tout ce qui peut aider la vérité peut mêmement aider le mensonge.
Ma vanité est à usage interne.
Les meilleures vérités sont peu enclines à faire école.
Le divin, c'est peut-être ce qui, en l'homme, résisterait au manque de dieu.
Passé l'enfance, on devrait savoir, une fois pour toute, que rien n'est sérieux.
La pire lâcheté: se servir, contre ce qu'on aime, de ce qu'on n'aime pas.
Il est d'honorables ivresses qui témoignent la sobriété coutumière.
Citations, toujours inexactes. Je me méfie de ces gens qui ne savent même pas recopier.
Il n'est pas comme certaines petites phrases pour nous donner le sentiment que plus rien ne reste à dire.
Quand l'idéal se déplace, il faut bien qu'on s'oriente différemment. Le tournesol reste fidèle au soleil.
Nous préférons, parfois, nous écarter de ceux qui pensent autrement que nous, tant nous serions démangés de leur donner raison.
Le plaisir du chercheur: retrousser les jupes de la nature.
Comme l'intelligence, la sottise peut n'être que reflet.
Le sérieux n'est qu'un futile plus considéré.
Il est facile de dire ce qu'on veut dire: le difficile, quelquefois, est d'avoir un «vouloir dire».
Qui pense comme moi est vide pour moi.
Mes illogismes me rassurent: je suis encore en vie.
Un pacifiste est un homme qui n'a pas encore rencontré la cause qui le mette en posture de combat.
Recherche: partir de ce qu'on croit savoir, et tirer sur le fil en souhaitant qu'il se brise.
On n'aime jamais tant la vérité que lorsque le mensonge fait loi.
Qu'est-ce qui nous restera si nous ne savons pas grandir ce qui nous manque?
La mauvaise foi ne s'apprend pas.