Œuvre

Aphorismes sous la lune et autres pensées sauvages (2008)

Le Chili: un cigare de quatre mille kilomètres dont le bout incandescent s'appelle la Terre de Feu.
Le courage n'existe pas: même le soleil se couche.
La ville: gueule de bois des hommes ivres de nature.
Un fruit de la Passion rêvait de rencontrer un buisson ardent.
Falaise: la mer au pied du mur.
Vagues: efforts de la mer pour recoiffer sa frange.
Le coup de fusil part. L'oiseau tombe, moins bas que le chasseur.
Les hirondelles rasent la barbe d'un champ.
Le Sahara était une mer. L'océan est toujours un désert.
L'aube est-elle rouge du sang à verser aujourd'hui sur la Terre ou de celui coulé la nuit précédente?
Chaque soir, à l'idée de se coucher, le soleil rougit de dépit.
Chaque année dans son lit, l'Amour connaît la débâcle.
Coquelicots: l'acné des champs.
On peut marcher sur le lacet d'un chemin sans tomber.
Une coulée de végétation dévale le talus vers le lac comme une langue de bête assoiffée.
L'érosion punit la montagne d'avoir voulu s'élever vers le ciel.
Rien à signaler sur les bords de l'empire du Milieu.
Les lucioles jouent les mîtes. Elles trouent la toile de la nuit pour que le jour passe à travers.
Les polders hollandais: un accompte sur la mer dont la note sera salée.
Le brouillard: haleine de l'aube après une mauvaise nuit.
A la mort du vent, qui recueille son dernier soupir?
Cet aristocrate qui ne supportait que les forêts de vieille souche.
Une pierre qui tombe dans l'eau ne rate jamais le centre de la cible.
Marécage: maison de repos des rivières.
Ne condamnons pas les mauvaises herbes: c'est le terreau qui est propice.