Il y a chez tous les enfants, même les meilleurs, un fonds de malignité étrange. Qu'ils se montrent souvent égoïstes, qu'ils aient peine et parfois même se refusent obstinément à donner ce qui leur appartient, je ne m'en étonne pas, c'est l'histoire de l'âme humaine, et nous, hommes, nous ne différons souvent des enfants qu'en ce que nous cachons nos sentiments et qu'ils laissent voir les leurs.
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Qui n'apprend pas à voir ne voit pas.
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À lire aussi de Ernest Legouvé
Quand les fourmis sont petites. elles ont toutes des ailes; le temps des amours arrive, elles s'élèvent dans les airs en couples bourdonnants et s'unissent pendant leur vol; puis l'œuvre de la fécondation terminée, elles redescendent sur la terre, et là, elles-mêmes, avec leurs pattes de devant, elles tirent et font tomber leurs petites ailes, légers instruments de leurs amours aériens. Plus de courses à travers le ciel. plus de volages tendresses, la vie sérieuse a commencé pour elles, elles sont mères. Voilà notre modèle.
Je n'appelle idées fausses que celles qui détruisent la vérité dans l'esprit en altérant le jugement. Toutes les choses non vraies ne sont pas fausses; fiction et fausseté ne sont pas synonymes ; une idée fausse est une idée qui trompe.
Le self-government me paraît le but principal de l'éducation ; élever un enfant, c'est lui apprendre à se passer de nous, et tout selon moi doit tendre à remettre au plus tôt, et le plus souvent possible, à l'élève les rênes de lui-même ; help on yourself, compte sur toi.
Deux êtres vont s'unir; cette union a pour principal objet la fusion de leurs cœurs et de leurs existences ; c'est une association indissoluble, et portant sur chaque minute de leur vie. Quel est, ce semble, le premier devoir des parents dans cette circonstance ? Demander à chacun de ces deux êtres : consentez-vous à vivre unis ? Eh bien, il a fallu des siècles de lutte pour que la fille eût droit d'intervenir dans ses propres fiançailles.
Dans la même œuvre
Elever un enfant c'est lui apprendre à se passer de nous.
Si l'on appelle imagination la faculté d'animer tout ce qui nous environne, de créer autour de nous un monde de fictions dont nous sommes charmés sans en être dupes ; de métamorphoser la réalité d'un coup de baguette et de rendre beau ce qui est laid, sensible ce qui est inerte, éloquent ce qui est muet, vivant ce qui est mort, si, dis-je, on donne à cette singulière puissance créatrice le nom d'imagination, on peut dire qu'un enfant de cinq ans a plus d'imagination que les plus grands poètes.
Mme Nacker de Sausure, dans un ingénieux chapitre de l'éducation progressive, a merveilleusement décrit l'aptitude des enfants à transformer une chaise en un carrosse, une poupée sans tête en une petite fille, et le sable du jardin en mille objets variés ; leur vie ressemble à une fiction.
Le self-government me paraît le but principal de l'éducation ; élever un enfant, c'est lui apprendre à se passer de nous, et tout selon moi doit tendre à remettre au plus tôt, et le plus souvent possible, à l'élève les rênes de lui-même ; help on yourself, compte sur toi.
Quelle règle convient-il donc de suivre dans cette grande question des jeux de l'enfance ? Le jeu forme les trois quarts de leur vie. Faut-il les y abandonner aux seules ressources de leur imagination ? Faut-il les forcer à se tirer d'affaire et les laisser s'amuser seuls, ou bien est-il bon au contraire, là comme ailleurs, de leur ouvrir la voie, de leur tendre la main, de leur apprendre à inventer ? Le problème est des plus difficiles. On ne peut nier d'une part que les enfants n'aient en eux les plus ingénieuses et les plus fécondes ressources d'amusement. Qui de nous ne s'est arrêté à contempler un enfant assis à terre et passant des heures entières à creuser dans le sable un trou sans objet, sans forme, sans fin (car il le recreuse toujours), et attaché à cet ouvrage comme Archimède à son problème. Que fait-il ? A quoi songe-t-il ? Que se passe-t-il dans sa tête ?Nul ne peut le dire; lui-même ne le pourrait pas. Ces heures, pourtant, se sont écoulées pour lui avec cette rapidité légère dont le mot jeu est synonyme, et il a joué tout seul. Mais d'un autre côté, qui n'a pas vingt fois pris en pitié les regards de détresse et l'attitude mélancolique d'enfants réunis pour s'amuser, et ne pouvant trouver d'amusement ?.