Quelle douleur aussi de ne pouvoir se partager, être, soi, partagé, comme un festin par tout ce qu'on désire manger, par toutes les sensations, par tous les êtres : cette dépouille déchiquetée de petit animal par terre c'est moi… si ce pouvait être moi !

À lire aussi de Pierre Guyotat

Ou bien, c'est la fusion avec le monde, ma disparition dans tout ce qui me touche, que je vois, et dans tout ce que je ne vois pas encore. Sans doute ne puis-je alors supporter de n'être qu'un seul moi, devant tous ces autres moi et d'être immobile malgré l'effervescence de mes sens, d'être immobile dans cet espace où l'on saute, s'élance, s'envole… Plutôt mourir (comme peut « mourir » un enfant) que de ne pas être multiple, voire multiple jusqu'à l'infini.
Les idéologues, ce sont ceux qui ne font pas de phrases interrogatives. Ceux dont le discours se plie à la logique de brièveté, de simplification extrême et d'infantilisation des médias. La télévision, surtout, suscite des arguments simplistes, doublés d'un recours systématique aux clichés. J'entendais par exemple récemment, lors de la vague de froid de janvier, des journalistes évoquer la présence de neige en termes de « manteau blanc ». C'est infantile et stupide. C'est comme s'il fallait masquer le réel mesurable par une formule, pour mieux éloigner la chose.
Ce que je ressens comme une liberté nouvelle c'est la perte de mon poids. La beauté de l'hiver, sa lumière, l'éclat, le scintillement de la neige et de la glace (le spectacle prévu pour décembre à Chaillot) me font comme un corps glorieux.
J'ai trouvé ainsi, dans la langue française, des choses qui y étaient déjà, intégrées en profondeur, attachées à la mélodie de cette langue. Le caractère mélodique, c'est ce qui manque le plus souvent. Moi, je suis très hanté par la mélodie de la langue française et, en tant que lecteur, je vais vers les auteurs chez qui je la trouve. La mélodie, c'est le gage de l'immortalité pour un auteur.
Je ne suis bien que lorsque je ne suis que ce qui est nécessaire pour être l'autre.
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Dans la même œuvre

Ma recherche de l'absolu aboutit à ceci que j'en espère toujours de plus absolu encore. Tous les absolues créés par l'homme, auxquels j'ai souscrit, sont dépouillés par moi de leur valeur d'absolu en regard d'autres qui ne nous sont pas encore connus.
Ce que je ressens comme une liberté nouvelle c'est la perte de mon poids. La beauté de l'hiver, sa lumière, l'éclat, le scintillement de la neige et de la glace (le spectacle prévu pour décembre à Chaillot) me font comme un corps glorieux.
Un débat entre littérature et vie, oui, peut-être, mais pas entre ce que moi j'écris et la vie ; parce que c'est la vie, ce que je fais.
Comment un médecin même savant pourrait-il comprendre que mon épuisement ne procède que d'une torture d'ordre artistique ?
Quelle douleur aussi de ne pouvoir se partager, être, soi, partagé, comme un festin par tout ce qu'on désire manger, par toutes les sensations, par tous les êtres : cette dépouille déchiquetée de petit animal par terre c'est moi… si ce pouvait être moi !