Quiconque a beaucoup voyagé sait que même si vous croyez savoir ce que vous cherchez et où vous allez quand vous décidez de partir, ce que vous apprenez en route est souvent tout à fait surprenant.
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Que pouvait bien apporter l'étude des classiques de l'Antiquité aux jeunes esprits des temps modernes ? se demandaient ces philosophes. Locke, comme encore beaucoup de parents aujourd'hui, se gaussait : que gagnerait un ouvrier à savoir le latin ? À quoi Wolf répliquait : la connaissance de la nature humaine.
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Votre problème, c'est que vous envisagez la complexité comme le problème et non comme la solution.
Les morts n’ont pas besoin d’histoires : c’est le fantasme des vivants qui, à la différence des morts, se sentent coupables.
Chaque fois que je lis ce passage, je pense à mon père. En partie parce qu'il donnait l'impression d'être toujours penché sur un livre, entrain de raisonner ou d'absorber les raisonnements des autres, quand j'étais petit, je ne voyais mon père que comme une tête. Cette impression que sa tête était la plus grande partie de son corps.
Les gens pensent qu'il n'est pas important de savoir si un homme était heureux ou s'il était malheureux. Mais c'est très important. Parce que, après l'holocauste, ces choses ont disparu.
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Mon père détestait les signes de faiblesse, à commencer par la maladie, pour laquelle il affichait une sorte de mépris, comme si le fait d’être souffrant était une défaillance éthique plutôt que physique. Quand il nous arrivait de devoir rester à la maison parce que nous étions malades, il passait la tête par la porte de notre chambre avant de partir travailler et soupirait d’un air las et excédé, comme si cette grippe ou cette varicelle signifiait le début de quelque irréversible décadence morale.
La rancoeur que m'inspiraient la dureté de mon père, son obstination à penser que la qualité ne pouvait naître que de la difficulté, que le plaisir était suspect et que l'effort était une valeur, m'apparaît aujourd'hui ironique, car, à mon sens, ce sont précisément ces qualités qui m'ont donné envie d'étudier les auteurs anciens.
Pas étonnant que les Grecs aient pensé que peu de fils sont l'égal de leur père ; que la plupart en sont indignes, et trop rares ceux qui le surpassent. Ce n'est pas une question de valeur; c'est une question de savoir. Le père sait tout du fils tandis que le fils ne peut jamais connaître le père.
Dans l'Iliade, qui est un poème sur la guerre, des héros meurent tout le temps, mais ils y sont prêts pourvu que leur héroïsme sur le champ de bataille leur apporte une renommée glorieuse ... Alors que l'Odyssée, poursuivis-je, est un poème sur un monde de l'après-guerre. Il se déroule au lendemain d'un conflit, et ce qu'il explore, entre autres, c'est ce à quoi pourrait ressembler un héros une fois qu'il n'y a plus de combat à livrer. Ulysse, bien qu'étant un guerrier respecté, est surtout connu pour ses stratagèmes, son génie intellectuel. Achille meurt, mais Ulysse survit. Une des questions que pose l'Odyssée est de savoir à quoi pourrait ressembler l'héroïsme de la survie.
Laissez-moi vous dire une chose. On n'est jamais trop vieux pour apprendre.