La rancoeur que m'inspiraient la dureté de mon père, son obstination à penser que la qualité ne pouvait naître que de la difficulté, que le plaisir était suspect et que l'effort était une valeur, m'apparaît aujourd'hui ironique, car, à mon sens, ce sont précisément ces qualités qui m'ont donné envie d'étudier les auteurs anciens.

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Qu’est-ce que la mémoire ? Qu’est-ce que la mémoire ? La mémoire, c’est ce dont on se souvient. Non, on change l’histoire, on « se la rappelle ». Une histoire, pas un fait. Où sont les fait
Le désir est un mouvement plutôt qu'un lieu. Mais, plus encore, le souvenir de cette longue poursuite, dont la fin était indiscernable du début, dit un certain type de rapport au monde : l'expérience rejetée au profit du souvenir, le centre rejeté au profit de la marge. Un sens du beau planant tout juste hors de votre portée, que vous puissiez considérer, auquel vous puissiez réfléchir. La réflexion devient, à sa façon, une autre forme de possession.
Comment tourner la page du passé pour ouvrir sur le présent ? Une façon de répondre à cette question est : par un acte de volonté.
Quel que soit l’intérêt, quelle que soit l’obsession que vous nourrissez à l’égard du passé, vous vivez dans le présent et il est nécessaire de s’occuper de cette affaire de vivre.
Les tombes, les sites funéraires, les mémoriaux et les monuments sont inutiles aux morts mais signifient beaucoup pour les vivants.
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Mon père détestait les signes de faiblesse, à commencer par la maladie, pour laquelle il affichait une sorte de mépris, comme si le fait d’être souffrant était une défaillance éthique plutôt que physique. Quand il nous arrivait de devoir rester à la maison parce que nous étions malades, il passait la tête par la porte de notre chambre avant de partir travailler et soupirait d’un air las et excédé, comme si cette grippe ou cette varicelle signifiait le début de quelque irréversible décadence morale.
Pas étonnant que les Grecs aient pensé que peu de fils sont l'égal de leur père ; que la plupart en sont indignes, et trop rares ceux qui le surpassent. Ce n'est pas une question de valeur; c'est une question de savoir. Le père sait tout du fils tandis que le fils ne peut jamais connaître le père.
Dans l'Iliade, qui est un poème sur la guerre, des héros meurent tout le temps, mais ils y sont prêts pourvu que leur héroïsme sur le champ de bataille leur apporte une renommée glorieuse ... Alors que l'Odyssée, poursuivis-je, est un poème sur un monde de l'après-guerre. Il se déroule au lendemain d'un conflit, et ce qu'il explore, entre autres, c'est ce à quoi pourrait ressembler un héros une fois qu'il n'y a plus de combat à livrer. Ulysse, bien qu'étant un guerrier respecté, est surtout connu pour ses stratagèmes, son génie intellectuel. Achille meurt, mais Ulysse survit. Une des questions que pose l'Odyssée est de savoir à quoi pourrait ressembler l'héroïsme de la survie.
Laissez-moi vous dire une chose. On n'est jamais trop vieux pour apprendre.
Quand l’apparence extérieure, le visage et le corps ont changé au point d’être méconnaissables, que reste-t-il ? Existe-t-il un moi intime qui résiste au temps ?