Quand mes filles eurent atteint l’âge de douze ans, je les initiai aux mystérieux pouvoirs. Non pas NDiaye Marie

Quand mes filles eurent atteint l’âge de douze ans, je les initiai aux mystérieux pouvoirs. Non pas tant, mystérieux, parce qu’elles en ignoraient l’existence, que je les leur avais dissimulés (avec elles, je ne me cachais de rien puisque nous étions de même sexe), mais plutôt que, ayant grandi dans la connaissance vague et indifférente de cette réalité, elles ne comprenaient pas plus la nécessité de s’en soucier ni d’avoir, tout d’un coup, à la maîtriser d’une quelconque façon, qu’elles ne voyaient l’intérêt pour elles d’apprendre à confectionner les plats que je leur servais et qui relevaient d’un domaine tout aussi lointain et peu palpitant. Elles ne songèrent pourtant pas à se rebeller contre cet ennuyeux enseignement. Elles ne tentèrent même pas, certains après-midi ensoleillés, d’y couper sous quelque prétexte. Je me plaisais à croire que, cette docilité chez mes filles peu dociles, mes jumelles fulminantes et impulsives, je la devais à la conscience qu’elles avaient peut-être, malgré tout, là, d’une obligation sacrée.
La Sorcière (1996)
Citations de Marie NDiaye
Marie NDiaye

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