Quand j’étais petit, je regardais le père de mon père et puis je regardais le père de ma mère, et le contraste entre les deux est à l’origine de la formation, dans mon esprit d’enfant, d’une sorte de liste. Dans une colonne, il y avait ceci : Jaeger, judaïté, Europe, langues, histoires. Dans l’autre, il y avait ceci : Mendelsohn, athées, Amérique, anglais, silence. Je comparais et j’opposais ces colonnes, lorsque j’étais bien plus jeune et, même alors, je me demandais quel genre de présent on pouvait avoir sans connaître les histoires de son passé.

À lire aussi de Daniel Mendelsohn

Que pouvait bien apporter l'étude des classiques de l'Antiquité aux jeunes esprits des temps modernes ? se demandaient ces philosophes. Locke, comme encore beaucoup de parents aujourd'hui, se gaussait : que gagnerait un ouvrier à savoir le latin ? À quoi Wolf répliquait : la connaissance de la nature humaine.
Quel que soit l’intérêt, quelle que soit l’obsession que vous nourrissez à l’égard du passé, vous vivez dans le présent et il est nécessaire de s’occuper de cette affaire de vivre.
Mon père détestait les signes de faiblesse, à commencer par la maladie, pour laquelle il affichait une sorte de mépris, comme si le fait d’être souffrant était une défaillance éthique plutôt que physique. Quand il nous arrivait de devoir rester à la maison parce que nous étions malades, il passait la tête par la porte de notre chambre avant de partir travailler et soupirait d’un air las et excédé, comme si cette grippe ou cette varicelle signifiait le début de quelque irréversible décadence morale.
Votre problème, c'est que vous envisagez la complexité comme le problème et non comme la solution.
Quand j'étais enfant, à l'école du dimanche, j'étais secrètement déçu et vaguement gêné par le fait que les Juifs de l'Antiquité étaient toujours opprimés, perdaient toujours les batailles contre les autres nations, plus puissantes et plus grandes; et lorsque la situation internationale était relativement ordinaire, ils étaient transformés en victimes et châtiés par leur dieu sombre et impossible à apaiser.
Toutes les citations de Daniel Mendelsohn →

Dans la même œuvre

Ce que je sais à présent, c'est ceci : il y a tant de choses que vous ne voyez pas vraiment, préoccupé comme vous l'êtes de vivre tout simplement ; tant de choses que vous ne remarquez pas, jusqu'au moment où, soudain, pour une raison quelconque - vous ressemblez à quelqu'un qui est mort depuis longtemps.
L'intimité peut conduire à des émotions autres que l'amour. Ce sont ceux qui ont été trop intimes avec vous, vécu trop près de vous, vu trop de votre douleur ou de votre envie ou, peut-être plus encore, de votre honte, que vous pouvez, au moment crucial, facilement rompre, exiler, exclure, tuer.
La véritable tragédie n'est jamais une confrontation directe entre le Bien et le Mal, mais plutôt, de façon plus exquise et plus douloureuse à la fois, un conflit entre deux conceptions du monde irréconciliables.
Ce sont souvent les petites choses plutôt que la grande image que l'esprit retient le plus facilement : par exemple, il est plus naturel et plus attrayant pour des lecteurs de comprendre le sens d'un grand événement historique à travers l'histoire d'une seule famille.
Le passé ne peut pas revenir. Je dois l'admettre. Alors j'ai commencé à écrire.