Qu'est-ce qui fait que parfois nous disons que nous sommes juifs, argentins, polonais, français, anglais, avocats, médecins, professeurs, chanteurs de tango ou joueurs de football ? Qu'est-ce qui fait que parfois nous parlons de nous-mêmes en étant si certains que nous ne sommes qu'une seule chose, une chose simple, figée, immuable, une chose que nous pouvons connaître et définir par un seul mot ? » Depuis qu'il était parti de Pologne, comme tant d'exilés, Vicente se posait souvent ces questions. Et s'il trouvait parfois des réponses à ce problème – beaucoup de réponses, trop de réponses ! –, jamais il n'arrivait à regarder l'une d'elles comme une véritable solution.

À lire aussi de Santiago Amigorena

J'ai souvent écrit que l'oubli était plus important que la mémoire. J'ai souvent songé, comme Pasolini, que celui qui oublie jouit plus que celui qui se souvient
L'amour est le désir d'engendrer dans la perfection.
Le ridicule ne tue pas, s'il tuait nous serions tous morts ; mais il peut quand même blesser.
Et qu'est-ce qu'un Juif qui n'a pas l'air juif, qui n'a pas l'air retors, qui n'a pas les cheveux noirs, qui n'a pas le nez crochu ? Et que dire des Juifs convertis au christianisme ou des Juifs qui ont épousé une Allemande ou des Juives qui ont épousé un Allemand ? Ne jamais savoir réellement ce qu'était au juste cette qualité – ou, comme dirait un antisémite (ou un Juif qui a de l'humour), ce défaut – n'allait pourtant pas empêcher l'administration nazie de réfléchir à comment exproprier les Juifs, puis à comment les concentrer, puis à comment les déporter, puis, enfin, à comment les exterminer.
N'aimer qu'une seule personne pendant toute sa vie d'un amour partagé peut faire de nous un philosophe, un héros minuscule, postmoderne, humaniste – c'est-à-dire autre chose qu'un homme postmoderne, humaniste mais porté par des forces d'une même qualité. N'aimer que d'un seul amour solitaire, désespéré, pendant toute notre vie peut faire de nous un prophète – ou un poète.
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Est-ce qu'un Juif qui n'est pas croyant est aussi juif qu'un Juif qui a la foi ? Est-ce qu'un Juif dont les parents ou les grands-parents ne sont pas tous juifs est vraiment juif ? Faut-il admettre qu'il existe une « troisième race », ou les Juifs « partiels », les « quart-Juifs » et les Juifs « à demi et aux trois quarts » sont-ils aussi nocifs que les Juifs « entiers » ?
Et qu'est-ce qu'un Juif qui n'a pas l'air juif, qui n'a pas l'air retors, qui n'a pas les cheveux noirs, qui n'a pas le nez crochu ? Et que dire des Juifs convertis au christianisme ou des Juifs qui ont épousé une Allemande ou des Juives qui ont épousé un Allemand ? Ne jamais savoir réellement ce qu'était au juste cette qualité – ou, comme dirait un antisémite (ou un Juif qui a de l'humour), ce défaut – n'allait pourtant pas empêcher l'administration nazie de réfléchir à comment exproprier les Juifs, puis à comment les concentrer, puis à comment les déporter, puis, enfin, à comment les exterminer.
Il était devenu un fugitif, un traître. Un lâche. Il était devenu celui qui n'était pas là où il aurait dû être, celui qui avait fui, celui qui vivait alors que les siens mouraient.
Il s'enfermait dans un silence de plus en plus lourd, de plus en plus compact, un silence qui, terré tout au fond de son ventre, avait commencé de grandir comme une tumeur maligne, prenant peu à peu possession de sa poitrine, de ses poumons, de sa gorge, de son crâne.